Fabiola, fashionista

Mis à jour le 10 janvier 2018 par Elisabeth Clauss
Fabiola, fashionistaLors de son mariage le 15 décembre 1960, en Balenciaga
Lors de son mariage le 15 décembre 1960, en Balenciaga
Lors de son mariage le 15 décembre 1960, en Balenciaga

On a tous des châteaux en Espagne.

Lectricette, comme un quart de la population du pays et comme moi, tu n'es peut-être pas née en Belgique. Si ça se trouve, de Fabiola souveraine, tu ne sais que ce qu'on t'en a dit. Que Baudouin, qu'on appelait « le roi triste », était comme son épouse, plutôt branché « carême » que « star système ». Je te parle d'un temps où les souverains n'étaient pas encore des people, et où c’est le public qui s'appelait « le peuple ».

Tu as peut-être entendu que la Reine, qui n'avait pas réussi à avoir d'enfants et qui n'organisait pas de fêtes somptueuses au palais, ne semblait porter aucun intérêt à la mode. Qu'elle restait souvent en retrait et, Fabiola de Mora y Aragón, qu'elle n'avait pas réussi à gommer suffisamment son accent espagnol. Mais sais-tu que le jour de leurs épousailles le 15 décembre 1960, elle portait une éblouissante robe de mariée – pour l'époque ? Une merveille au col bordé de fourrure blanche, signée Cristobal Balenciaga – un ami – qui mettait en valeur son cou de cygne. Qu’elle avait plein ses armoires des créations du créateur ibérique. Qu'elle fut la dernière souveraine de Belgique à payer chacun des prestataires de la cour, coiffeurs, modistes, traiteurs, stylistes, joailliers, ceci rubis sur l'ongle et sans recevoir de cadeaux ? Ceux qui l'ont côtoyée la disent correcte avec tous et courtoise, y compris avec son personnel, et que lors de leurs réceptions privées, on s'amusait beaucoup.

Sais-tu qu'elle avait écrit des livres pour enfants ? Qu'elle ne manquait pas un concours reine Elisabeth, et que pour être confite de dévotion, elle était aussi pétrie de culture ? Qu'elle avait de l'humour. En 2009, menacée d'un attentat à l'arbalète (si, si), elle avait sorti une pomme lors du défilé du 21 juillet. Pas show off mais engagée, modeste mais capable pourtant d'imposer ses opinions, d'avant-garde (plus âgée que son mari de deux ans, en 1960!), avec cette touche de second degré pince-sans-rire vaguement anglo-saxon que partage tout son plat pays d'adoption, Fabiola, qui n'avait jamais joué à la « grande d'Espagne », restera une « grande Belge ». Discrètement.