Édito: qui veut la peau du Père Fouettard ?

Mis à jour le 16 février 2018 par Béatrice Ercolini
Édito: qui veut la peau du Père Fouettard ?

fouettard

À glisser dans tous les petits souliers, l’édito de Béa Ercolini

Aéroport de Charleroi, Brussels Saouf, il y a quelques jours. “Jolie couleur”, dis-je à la préposée aux amendes pour excédents de bagages. Derrière la vitre du guichet, elle arbore une coupe de cheveux originale (mi-long, mi-brosse) et, surtout, une teinte flamboyante qui oscille entre curry et cannelle. C’est donc franchement bluffée que je la complimente sur sa nuance. “Euh, vous parlez bien de mes cheveux ?”, demande-t-elle. Un blanc (ou un ange passe, si vous préférez). En une seconde, je réalise que la jeune femme est d’origine africaine, et qu’elle est en train de se demander si je ne me moque pas de sa couleur de peau. Éclat de rire de ma part: fascinée par son roux de feu, j’ai vu une femme stylée. Une femme, point barre .

À l’approche de la Saint-Nicolas, cette anecdote me fait penser que, petite, je n’ai jamais pensé non plus que le Père Fouettard était noir. Encore moins qu’il était méchant parce qu’il était noir. C’était le pote du patron des écoliers, point barre. C’est fou comme le regard qu’on porte sur les choses, comme le contexte aussi, changent ces choses. Ce matin, un journaliste de la RTBf a cité deux exemples: Barack Obama et Yannick Noah. Ces très beaux hommes ont en commun le fait d’avoir une mère blanche et un père noir. De l’un, on dit qu’il est le premier président noir. De l’autre, qu’il est le premier français à avoir remporté Roland-Garros. Plus que la chose elle-même, c’est le regard qu’on lui porte qui parle. Dans le cas du Zwarte Piet, c’est sans doute notre peur panique d’être suspectés de racisme. Je l’avoue, je me suis sentie obligée de répéter à la jolie guichetière que je n’avais pas pensé à la couleur de sa peau (ce qui est totalement vrai, je vous assure, vous comprenez ?).

Alors, si on fichait la paix à ce brave Fouettard ? Burkinabé de naissance, aujourd’hui Ixelloise, mon amie Assita tranche: “Changer les traditions pour plaire aux nouveaux arrivants ? C’est le monde à l’envers. J’ai quitté l’Afrique pour venir ici parce que c’était comme ça ici. Pas pour que ce pays devienne comme c’est chez moi.” Et s’il y avait, justement, d’autres chats à fouetter…