La chanson contre Ebola de Bob Geldof et ses amis : quand l’Afrique dit non merci

Mis à jour le 12 février 2018 par ELLE Belgique
La chanson contre Ebola de Bob Geldof et ses amis : quand l’Afrique dit non merci

On dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Le clip Band Aid et sa chanson collective pour lutter contre Ebola ne plait pas à tout le monde, et surtout pas aux principaux concernés.

Band Aid c’est le même principe que les Enfoirés: des artistes qui chantent pour la bonne cause, ici l'Afrique. L’association est née il y a 30 ans sous l’initiative de Bob Geldof pour lutter contre la faim en Éthiopie. Depuis, ils font environ une chanson tous les 10 ans. Cette année, une trentaine d'artistes ont enregistré une nouvelle version de « Do They Know It’s Christmas ?» pour lutter contre Ebola.

En visionnant le clip, un petit malaise s’installe. D’abord, le contraste saisissant entre les premières images, un cadavre rachitique emporté par des infirmiers en combinaison, suivie par l’arrivée des artistes au studio, acclamés tels des héros. Et puis, les paroles de la chanson aussi laissent songeur. Déjà, la chanson est celle composée il y a 30 ans pour lutter contre la faim en Éthiopie, on a juste changé quelques paroles pour coller un peu plus au thème Ebola. Ça donne un peu l’impression quand il y a un problème, quel qu’il soit, en Afrique, Band Aid a sa chanson émouvante et pleine de clichés prêts à l’emploi. Un bon point quand même pour avoir retiré le passage « Sois content ce soir, que ce soit eux et pas toi » (Bono avait avoué à l’époque que cette ligne le rendait malade).

Mais qui est-on pour critiquer une intention si noble ? Comme on dit « mieux vaut allumer des petites lumières que de rouspéter dans le noir ».

Seulement il n’y a pas que nous qui rouspétons, et il semblerait que les critiques les plus virulentes viennent des principaux intéressés par ce « Sauvons les Africains qui ne connaissent pas Noël ». Ces derniers précisent que "Oui, ils savent ce que c’est Noël, merci". Et puis, ils disent carrément à Bob Geldof qu’il est mignon avec sa petite chanson pleine de bons sentiments, mais que personne ne l’a attendu pour y penser. En effet, il y a déjà des CD, made in Africa,pour lutter contre Ebola. "Ebola in Town", par les musiciens libériens Samuel 'Shadow' Morgan et Edwin 'D-12' Tweh.

Cette chanson ne compte peut-être pas la crème de la crème de la scène pop anglaise comme Band Aid. Mais elle a l’avantage, plutôt que de disserter sur Noël, de donner des conseils pratiques sur le virus. Robtel Neajai Pailey, jeune doctorante qui vit au Libéria a déclaré: « Ça va, Geldof, on a compris. Bouge maintenant. Si tu veux vraiment aider, achète des tonnes de CD (des chansons africaines existantes), envoie-les à tes amis pour leurs chaussettes de Noël et ajoute une note qui dit « Solutions africaines pour problèmes africains ». Plutôt que d’essayer de rester dans le coup, Geldof et co., vous feriez bien de promouvoir les initiatives africaines existantes et ingénieuses plutôt que d’essayer d’accaparer l’attention sur vous. »

Et Robtel n’est pas la seule. Beaucoup de critiques ont fusé. Carlos Chirinos, le producteur de la chanson éducative « Africa Stop Ebola » enregistrée par des stars de la musique en Afrique de l’Ouest, a déclaré: « Ce genre de chanson vaut la peine pour l’argent qu’elle récolte, parce qu’on a besoin d’argent. Cependant cela a un coût: celui de la façon dont l’Afrique est perçue par le reste du monde »

Et cette situation colle bien à la campagne Africa For Norway qui dénonce « l’homme blanc qui veut sauver l’Afrique ». L'occidental qui, au mieux, s'y prend de façon maladroite et, au pire, avec condescendance, et dans la majorité des cas: fait pire que mieux.

Africa for Norway dénonce, par exemple, les campagnes de sensibilisation avec cette vidéo qui nous remet à notre place, nous et nos bonnes intentions. Ces campagnes qui derrière leur noblesse se font au détriment de la dignité d’un pays qui tente de se relever, de relancer le tourisme. Forcément donner aux gens l’impression que l’Afrique n’est que famine et maladie n’aide pas.

C’est un débat très délicat, parce que face à tant de bonne volonté, l’Afrique pourrait passer pour ingrate en critiquant ces actions. Mais une chose est sûre il faut repenser nos moyens d’aider, repenser le fait que tout le monde veuille partir sur le terrain, mais soit beaucoup plus frileux quand il s’agit de donner de l’argent. Or les dons sont les seules choses vraiment utiles pour les gens compétents sur le terrain. La bonne volonté, hélas, ne suffit pas toujours.

Alors aucune raison de lapider Bob Geldof et co, parce qu’une bonne action reste une bonne action et que, quoi qu’on en dise, la chanson a récolté 1,3 million d’euros en 5 minutes. Mais il serait temps de travailler avec l’Afrique plutôt qu’essayer de la sauver.

Annie Laloy