Survivre à une fashion week sans ses bagages

Mis à jour le 20 septembre 2014 par Elisabeth Clauss
Survivre à une fashion week sans ses bagages

 

kitdesurvie

On l'a testé, mais on n'a pas fait exprès.

La perspective d'une Fashion Week, c'est toujours un petit bonheur, une excitation dans le fond du dressing, une impatience qui grandit à hauteur des invitations qui s'accumulent en piles. On dit que c'est fatiguant - c'est vrai - mais on y court toujours, surtout qu'à Milan en septembre, c'est le printemps.

Mercredi 27 septembre, l'aube

Chacune chez soi, Elsa Fralon, mon estimée coéquipière et moi-même, nous réveillons comme deux ressorts, alors même qu'on a passé la nuit sur nos valises. Plein de choses à boucler avant de partir, attendre que le séchoir ait fini de tourner, tout ça.

7h34 : on se retrouve pour partager un taxi. On en a appelé 2. On est organisées, d'une certaine façon, mais on doit en remballer un quand même. Finalement, on aurait du le garder. Pour quelques jours, on a empaqueté trois fois le contenu de nos placards. Chacune.

8h39 : On enregistre nos bagages, soulagées d'être débarrassées de nos 30 kg d'impédimentas.

11h31 : On atterrit en Italie, et on piétine pour les récupérer devant le tapis roulant, parce qu'on a faim, et qu'on a Gucci à 15h.

file

12h02 : On fait la file devant le guichet des objets perdus. Il y a là la moitié des passagers de l'avion, on trouve ça rigolo, parce qu'"ils" n'ont quand même pas perdu 50 valises. On fait des instas, on est détendues.

12h36 : On s'engouffre dans un taxi. Graves, mais légères : sans nos bagages.

kitdesurvie

13h37 : A l'hôtel, on déballe nos effets. Un kit de survie fourni par la compagnie d'aviation (dont on apprendra plus tard qu'elle n'y est pour rien : le système de tri des bagages de l'aéroport a planté au moment du départ).

13h48 : La situation n'est pas si dramatique : on a tout de même un tee-shirt blanc taille XL, du shampoing, des échantillons de dentifrice et de vaseline (???).

baskets

14h59 : Avec la moitié de la presse fashion belge qui voyageait avec nous, on s'approche du défilé Gucci. En baskets - ce qui ne m'était pas arrivé depuis 1987 au collège, mais y'avait gym ce jour-là - et dans nos habits d'avion. Confortables. Donc moches. (Je résume).

15h07 : Pour comprendre, il faut distinguer les rituels des différentes fashion weeks. A New York, c'est excentricité volle gas. A Londres, liberté à tous les étages : ces gens sont des punks dans l'âme, même en tailleur. A Paris, on se présente aux show dans sa tenue de bureau, blasé et excédé, si possible en faisant un peu la gueule. Mais à Milan, dès potron-minet, c'est l'opéra, c'est la Tosca, c'est Verdi. Des filles en robes de gala courent en talon de 12 et chignon de 30 pour arriver à l'heure, quand les autres prennent encore leur premier ristretto du matin. Anna Dello Russo, l'Italienne et flamboyante directrice artistique du Vogue Japon en tête de file, on s'habille comme si c'était soi qui allait défiler. Moi, je suis en petit sweat gris (pour la dernière fois de ma vie), jupe crayon (ça se négocie), et baskets orange fluo. Je n'ai plus de larmes pour pleurer.

15h52 : On sort du défilé Gucci, et quand on croise les paparazzi et les street-stylers, ils nous poussent avec leur objectif pour photographier les filles derrière. Dans nos valises, on a de quoi rhabiller 18 bus de fashionistas. Mais sur nous, on n'a que nos petites culottes. D'ailleurs on doit s'en racheter pour demain.

17h43 : A la présentation des collections Patrizia Pepe, je craque, et je demande à ce qu'on coupe les caméras et qu'on me rende ma valise.

17h44 : Sans résultat.

17h59 : On passe devant une boutique Desigual, et je trouve ça joli parce que ce sont des fringues propres.

18h05 : J'ai la bouche sèche, je vois des serpents et des araignées partout.

18h17 : On a soirée chez Gucci tout à l'heure. Pour ne pas y retourner dans nos vêtements qui, pour dater du matin, sont évidemment encore à peu près frais, mais qui nous semblent la peau d'âne de Peau d'Ane, on s'achète des tee-shirt 'I love Milan" devant le Duomo.

18h19 : Le vendeur, qui a senti la situation d'urgence, refuse de considérer que 2 tee-shirts, c'est un achat groupé.

19h01 : A l'hôtel, on se douche avec un échantillon de Dove. Puis on enfile I Love Milan, un peu raide, qui sent l'apprêt.

20h03 : On se pointe chez Gucci, où tout le monde est sapé comme pour une remise des Oscar où on annoncerait aussi les Palmes d'Or.

guccimilano

20h08 : On passe au photocall, et on se croit dans le chapitre biblique sur Job (pas la Place à Uccle).

23h59 : On se couche tôt parce que demain matin, avec nos invitations backstages pour Max Mara qui défile à 9h, on va essayer de se faire maquiller gratos par MAC, en douce.

00h00 : A Zaventem, à Miami ou à Tombouctou, nos valises s'endorment paisiblement.