Les femmes à la Commission: une catastrophe ?

Mis à jour le 12 février 2018 par ELLE Belgique
Les femmes à la Commission: une catastrophe ?

europe drapeaux

La parité à la Commission européenne, c’est loin d’être gagné. Et si la Belgique faisait la différence ?

Les nominations officielles se feront fin août. Mais en attendant, le bilan rime avec désastre. Parmi les commissaires européens déjà désignés, quatre seulement sont des femmes. La décision de la Belgique se fait attendre. On compte sur elle pour changer la donne ! Focus avec Mary Collins du Lobby Européen des Femmes.

  • En clair ?

M.C : « Chaque Etat membre désigne son commissaire européen.  Pour le moment, la situation est assez catastrophique en matière de parité. Quatre Etats membres seulement [NDLR: ils sont vingt-huit] ont confirmé la désignation d'une femme: la République tchèque, la Suède, l’Italie et la Bulgarie. On attend encore la décision de plusieurs pays dont la Belgique. »

  • C’est si difficile la parité ?

M.C : « Oui et pour plusieurs raisons ... Aujourd’hui, les politiques d’austérité dominent. Nous sommes dans un contexte plutôt conservateur. Dans une telle situation, on fait marche arrière. On stoppe la progression vers des modèles de société différents. Le fait qu’il y ait plus d’hommes en politique est le miroir de ce retour en arrière. Il faut continuer à faire pression pour maintenir les droits des femmes ! »

  • Il n'y a pas de lois ?

M.C : « Dans certains pays, si. Mais ce ne sont pas des lois sur la parité (50-50) mais plutôt mettant en place des quotas (40-60). Au niveau européen, ça n’existe pas. Chaque pays a la liberté d’envoyer une femme ou non. Pour nommer les commissaires européens, il n’y a pas d’élections nationales. Ce sont les gouvernements qui choisissent les candidats. Les critères sont d'ailleurs assez flous.  Il faudrait encore attendre une centaine d’années pour atteindre une situation paritaire. »

  • Et tout le monde s'en fout ?

M.C : « C’est tout un paradoxe ! D'un côté, il y a une prise de conscience même une certaine honte en imaginant la future photo de famille européenne. Le nouveau Président de la Commission, Jean-Claude Juncker, l’a dit : il faut plus de femmes. Une démocratie ne peut pas fonctionner sans elles. D’un autre côté, ce n’est pas encore un mouvement naturel. Cependant, le Parlement européen a aussi son mot à dire. Il peut accepter ou rejeter les candidatures et s’il le faut, même la Commission dans son ensemble. S’il n’y a que quatre femmes, il est possible que le Lobby prenne la décision de faire pression sur le Parlement. Ce n’est tout simplement pas démocratique comme situation. »

  • La politique n’aime pas les femmes ?

M.C : « C’est un monde dominé par les hommes. L’accès des femmes aux postes de décision est difficile. Les chefs de parti sont souvent des hommes. Ils maintiennent le système en place malgré les lois, les quotas. En démocratie, on doit pouvoir partager. Là est le nœud du problème ! Il faut mettre en place des outils pour avoir un maximum de femmes en politique. Dans le cas contraire, on risque d’attendre encore des siècles ! »