Belgique: Vis ma vie de mariée de force

Mis à jour le 16 février 2018 par ELLE Belgique
Belgique: Vis ma vie de mariée de force

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Ça aurait dû être le plus beau jour de leur existence. Et pourtant, leur mariage ne sera qu’une longue descente aux enfers.

On en a toutes rêvé du « Toi et moi c’est à la vie, à la mort ! » comme la promesse d’un amour éternel. Sauf que pour certaines, la réalité dépasse l’adage. Mariées de forces, parfois condamnées à mort pour avoir osé se rebeller : elles seraient 700 millions dans le monde à avoir vécu ce calvaire. Et parmi elles, des Belges.

Le mariage forcé, c’est quoi ?

Inversons les rôles pour mieux comprendre. Votre univers c’est : études, amis, amourettes voire plus si affinités. En deux mots, vous vivez. Un jour, vos proches décident de vous marier. Pas n’importe comment … avec un inconnu : un cousin éloigné, un ami de votre père ou encore un vieil oncle. Dégueulasse quoi ! Impensable ? Et bien, non ! Votre entre-jambe est le point H. Comprenez qu’entre vos cuisses, se joue tout l’honneur de la famille. Caricatural ? Pas vraiment ! Parce que vous êtes femme, vous devez être un exemple de virginité. Dans le cas contraire, ce sera la honte. Evitons donc le pire en vous organisant un beau mariage de force !

Non mais c’est sérieux ?

Malheureusement, oui ! Le mariage forcé reste une réalité dans certaines communautés : musulmane, hindoue, chrétienne, … . Rien à voir cependant avec la religion ! Tout ça n’est que le résultat de vieilles traditions.

En Belgique, il est difficile d’estimer le nombre de cas. Pourquoi ? Les victimes ne portent presque jamais plainte et échappent ainsi au recensement officiel. Pas facile de dénoncer sa propre famille! Pourtant, le mariage forcé est puni par la loi belge depuis 2007.

Et les hommes dans tout ça ?

Que les choses soient claires : le mariage forcé est une violence faite aux femmes. Pas besoin de revenir sur la démonstration du fameux point H ! Alors, oui, la problématique recouvre d’autres réalités liées au contexte migratoire. Oui, les hommes peuvent être victimes. Mais soyons réalistes ... ils disposent davantage - parce qu’ils sont mâles – de moyens pour s’en sortir. Sexiste ? Pas du tout ! Il ne s’agit pas de minimiser le lot de souffrances des hommes et plus particulièrement, des homosexuels mariés de force en guise de « thérapie ». Mais pour une femme, mariage forcé rime avec viols à répétition (dès la nuit de noces), grossesses non désirées, violences conjugales, … .

Mais qu’elles se rebellent !

Pas si simple ! Lorsqu’elles s’opposent, elles sont victimes de ce que l’on appelle les violences liées à l’honneur. On contrôle leurs déplacements, on leur interdit d’utiliser un GSM ou internet, sans oublier le chantage affectif, les atteintes psychologiques et parfois même physiques ! Ah, il est bien loin le conte de fées ! Surtout que, pour certaines, il se finira tout droit au cimetière : pendues, lapidées, assassinées de plusieurs balles dans le corps, brûlées vives, vitriolées, … C’est ce que l’on appelle le crime d’honneur. Bienvenue au 21e siècle !

Comment les aider ?

Des asbl existent pour aider les victimes et mesurer le niveau d’urgence. Les victimes vivent souvent leur mise en sécurité comme une double punition : privées de liberté chez elles mais aussi dans leur nouveau foyer. Néanmoins, avec des équipes formées à la problématique, elles pourront entrevoir l’avenir.

A Mons, une nouvelle ASBL verra bientôt le jour. Son nom : VIMAFOR pour Violence liée à l’honneur, Mariage forcé : prévention et assistance. L’idée : faire de la prévention tout en créant des synergies avec différents partenaires.

« Il s’agit de formaliser un travail que nous avons entamé il y a trois ans déjà avec la ville de Mons. Nos objectifs : la prévention dans les écoles, la prise en charge des victimes, la recherche de lieux d’hébergement ou de familles d’accueil. Le tout en collaboration avec la police de Mons-Quévy et le CPAS pour l’aide psychologique, juridique et sociale. Nous comptons également sur d’autres associations pour nous épauler financièrement si nous devons envoyer des jeunes filles à l’étranger pour les mettre en sécurité. », explique l’une des fondatrices de l’asbl, Michelle Waelput. Depuis trois ans, 21 victimes ont pu recevoir de l’aide à Mons. De quoi leur redonner un peu d’espoir ! Et on dit merci !

Informations:

  • VIMAFOR: 065/325.930
  • Réseau Mariage & Migration (regroupant plusieurs associations actives sur la question) au numéro vert: 0800/90.901