On s’en foot (fort)

Mis à jour le 21 février 2018 par Juliette Debruxelles
On s’en foot (fort)

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Chère,
C’est aujourd’hui. Voilà, ça y est. Ça commence et ça va faire mal. Déjà que tu n’avais pas compris le déchainement patriotique à coup de drapeaux dans ton supermarché. Déjà que tu avais menacé de t’exiler quand même les marques réputées chics s’en sont mêlées. Déjà que tu te sentais seule sur les réseaux sociaux, à partager de l’info relative aux petits et grands scandales entourant l’événement... Mais là, entre les directs à la radio, ta télé squattée, la ville en liesse et les rétroviseurs latéraux de ton voisin de parking, prépares-toi à saturer.
On te prédit des acouphènes en forme de brouhaha de stade, au moins une cuite à la bière tiède en canette, un sermon de la part d’une pote qui te trouvera “tout de même pas farce à râler sur tout”, une mise au point philosophique par celui qui trouve que “ça fait tout de même du bien aux gens, par les temps qui courent”. Et ta collègue de bureau qui se la raconte fan de foot "depuis toujours" (elle croit que le nom du gars c'est "Ed Enhazard") et te juge, repue comme si elle avait mangé toute seule le gros gâteau du féminisme.
Ta time line Facebook sera inévitablement envahie de numéros, rapport aux appels à l’aide de ceux qui n’ont pas fini “leur album” et qui cherchent “des doubles”. Ta/ton boss (le/la même qui avait refusé de te laisser partir plus tôt quand tu as fais ta crise d’appendicite) te filera même un après-midi de vacances si la Belgique s’illustre.
Tu vas bouffer du noir, du jaune, du rouge jusqu’à te surprendre à demander le score du match en cours. Tu te laisseras peut-être même entrainer sur une Grand-Place, quelque part, avec un écran géant et des centaines d’autres gens devenus moites au contact les uns des autres, dans cette franche et belle communion de bras levés et de “allléééééooooo” éructés.
Tu avaleras ta pizza de travers en écoutant le messages de la FIFA diffusé avant chacun des 64 matches : « Aujourd'hui, nous nous battons non seulement pour la victoire sportive, mais aussi pour la victoire de la paix, pour le respect mutuel, indépendamment du sexe, de la race, de l'origine ethnique, de l'orientation sexuelle, de la religion et de la classe sociale. Telles sont les valeurs et les aspirations de la FIFA, du monde du sport au sens large et des gens partout dans le monde. Nous nous engageons à faire notre maximum pour promouvoir la paix dans le monde et une vie digne pour tous. » Rigolo de la part d’une fédération qui a décidé d’attribuer l’organisation de la Coupe du monde 2022 au Qatar, btw...
Toi aussi, tu diras "Non au racisme", avec le hashtag #SayNoToRacism collé sur un selfie "dont une sélection aléatoire sera diffusée avant le coup d'envoi sur les écrans géants des stades accueillant les quarts de finale", comme les grandes figures du ballon rond, "afin de sensibiliser davantage l'opinion publique à ce problème crucial" (sic).
Tu danseras, en soutif, dans ta cuisine, ce que tu penses être un pas de samba, sur du Gilberto Gil. Tu te prendras pour la "Girl from Ipanema" quand tu auras sifflé un trait de cachaça.
Et ça sera comme ça pendant un mois…