Rififisc chez les créateurs bruxellois

Mis à jour le 14 février 2018 par Juliette Debruxelles
Rififisc chez les créateurs bruxellois

small

Scandale ce week-end sur la planète de la création bruxelloise : un contrôle du fisc met en émoi organisateurs et créateurs des MAD Fashion sales.
Vendredi et samedi derniers se tenait la traditionnelle vente de pièces de créateurs bruxellois (Carine Gilson, Conni Kaminski, Els Mommaerts, Filles à Papa, Jessie Lecomte, Le Fabuleux Marcel de Bruxelles, Marc Philippe Coudeyre, Natacha Cadonici, Olivia Hainaut, Omsk, Rue Blanche…) à prix défiant toute concurrence. Objectif : liquider le stock de prototypes et de pièces invendues lors des saisons précédentes, mais aussi profiter de la visibilité offerte par le MAD (Mode and Design Center) pour satisfaire la curiosité de clients conquis et à conquérir.
A l’ouverture des portes, ce vendredi, surprise générale : quatre inspecteurs du SPF Finances se présentent au Bozar Shop, investi pour l’occasion, afin de demander à chaque participant les documents administratifs obligatoires (inventaire, système de facturation, etc.). Un dossier à compléter (déjà préparé pour chaque créateur annoncé sur le flyer de l’événement), des interrogations, et un effet de surprise façon « Coucou c’est nous ! » discutable. Rebelote samedi, avec deux inspecteurs venus poursuivre leurs investigations.
Sachant que le rendez-vous n’est pas un événement ponctuel destiné aux particuliers qui veulent vider leur fond de grenier, et que les créateurs sont soumis, comme n’importe quels autres commerçants, à des devoirs en termes de déclarations et de TVA, faut-il bondir ?
La toile décide que oui : « Ils n’ont pas autre chose à faire ? », «  Pourquoi s’attaquer aux jeunes créateurs alors qu’il y a des tas de grosses entreprises hors la loi ? », « Pourquoi, d’un côté, valoriser la création belge, et de l’autre, lui taper sur les doigts ? ». Les questions fusent sur les réseaux sociaux. L'empathie prend le pas sur la réflexion. Parce qu'on les aime, les créateurs de chez nous. Parce qu'on n'est pas contents quand on vient leur chercher des poux.
Et la réponse tombe, sans autre commentaire de la part du SPF Finances : c’est la loi.
Et c’est vrai.
D’ailleurs au MAD, on ne la conteste pas.
On se défend d’ailleurs de toute paranoïa : « Les créateurs belges ne sont pas particulièrement visés. Chaque année, des contrôles sont effectués dans différents secteurs d’activités. Cette fois, ce sont les boutiques éphémères, dans quelques semaines, ça sera peut-être chez les vendeurs de poulets. Les inspecteurs se sont montrés plutôt patients à l’égard de ceux qui ne pouvaient pas fournir les documents demandés immédiatement, ils leur laissent du temps pour régulariser la situation. La vente n’a pas été fermée ou annulée, et la plupart des clients ne se sont aperçus de rien.»
Qu’importe, aux yeux de l’administration fiscale, que les créateurs présents ne fassent pas de bénéfice, qu’importe que l’initiative porte haut les couleurs du talent de nos compatriotes en permettant au plus grand nombre de s’offrir des pièces habituellement chèrotes (à juste titre, puisque pensées et fabriquées ici par des adultes payés décemment).
Il ne s’agit pas d’un vide-dressing organisé en stoemeling entre copines, dans une cuisine, avec quelques dizaines d’euros échangés en liquide.
Les MAD Fashion sales (où le paiement par carte bancaire et carte de crédit est permis, donc transparent) ne sont pas victimes de leur succès d’estime, ni d’aucun acharnement. Juste d’un contrôle formel qui permet de rappeler à chacun que même quand on est brillant, on est soumis à des règles.
Le message actuel : créez, développez vos jeunes entreprises, prenez des risques, vivotez en consacrant le moindre centime gagné à votre art, mais soyez des contribuables exemplaires.
Dur dur pour celles et ceux qui - contrairement à ce que le "grand public" imagine - gagnent moins de sous qu'ils n'en dépensent pour développer leurs collections.
La solution n’est pas de demander une exception à la loi, un « passe-droit » qui permettrait de « vendre en noir », mais de faire en sorte que les créateurs qui se lancent dans ce type de ventes sachent quelles sont leurs obligations.
Pour ne plus avoir à revivre la scène de la carotte (subsides, valorisation) et du bâton (inspection).