La menace de viol, c’est intolérable !

Mis à jour le 16 février 2018 par Juliette Debruxelles
La menace de viol, c’est intolérable !

respect

Ce n’est pas une « insulte ordinaire ». Pas une de ces phrases vidées de leur sens, qui marquent la frustration, comme “Va te faire foutre” ou “Je t’encule, Thérèse”. Non. C’est un appel au viol. Collectif, tant qu’on y est.
Ce genre de message d’intimidation a sans doute été adressé à plusieurs d’entre nous. Et on sait à quel point c’est insupportable.
C’est aussi arrivé, il y a quelques jours (le même jour où la loi contre le sexisme a été votée, un comble !), à une de nos ministres, après qu’elle ait annoncé par courrier à une association de lutte contre le viol que son subside serait suspendu (et pas supprimé). Un fonctionnement habituel – même si discutable - en fin de législature pour laisser de l’argent dans les enveloppes budgétaires que reprennent les nouveaux ministres après les élections.
Réactions sur la toile: “Envoyez un homme la violer et on verra combien de min il lui faudra pour remettre tout en place”, “Je propose que nous allions lui faire subir une tournante... qui est partant?”, “Violons-là!”.
Voilà.
Une ministre, chez nous, mais aussi une journaliste russe, enceinte de six mois, hospitalisée la semaine dernière,après une conférence de presse où elle avait eu le culot de poser une question qui fâche. Le chef d'un parti d'extrême droite venait de lancer, le plus sérieusement du monde, à deux de ses sbires : «Lorsque je vous le dirai, vous vous jetez sur elle et vous la violez».
Des exemples relayés par la presse pour combien de situations dramatiques ignorées.
La menace de viol comme méthode pédagogique, comme réponse à une frustration face à une décision politique, comme moyen de pression.
Le viol parce que le mot claque bien, et parce que l’acte, dégueulasse, a une place de choix sur le podium des atrocités.
C’est aussi de cette arme là dont on use en République démocratique du Congo, dont on a usé en Bosnie, en Libye, au Rwanda... C’est indécent de comparer le viol génocidaire et une “simple” menace proférée “sous le coup de la colère” ?
Oui. C’est indécent. Comme la menace elle-même.
Et au delà de l’indignation, dans notre pays et dans bon nombre d’autres, c’est interdit par la loi. Que ça soit une femme ou un homme qui balance, que ce soit un homme ou une femme qui reçoive.
Au Royaume-Uni, en janvier dernier, deux personnes étaient condamnées à de la prison ferme pour des insultes et menaces d’une violence sans nom, sur Twitter, à l’encontre d’une féministe.  En France, un homme de 23 ans était lui aussi condamné à une lourde amende pour avoir appelé, sur Twitter toujours, au viol d’une militante antiraciste.
“On ne peut plus rien dire”?
Si. Mais pas ça.
On a le droit d’afficher sa colère, son mécontentement, sa bêtise, même, quand on réagit à chaud sur une info qu’on n’a pas lu jusqu’au bout. Mais pas comme ça.
L’incitation à la haine, à l’agression, c’est hors-la-loi. Ça veut dire que la victime a le droit (le devoir?) de porter plainte (ce qu’à d’ailleurs fait la ministre de chez nous).
Une info qui semble avoir échappé à ceux qui profèrent ce genre de commentaires...