Coming-out, Ich bin ein Carolo

Mis à jour le 13 février 2018 par Juliette Debruxelles
Coming-out, Ich bin ein CaroloL'espace culture, l'Eden
L'espace culture, l'Eden
L'espace culture, l'Eden

C’était un peu notre secret honteux. On n’assumait pas.

À la rédaction, plusieurs filles de « là-bas », expatriées vers la capitale, sont devenues des Bruxelloises pur jus à la seconde où elles ont dépassé le ring et laissé derrière elles les terrils.

Venir de Charleroi, jusque-là, ça ne le faisait pas.

Puis, récemment, plein de gens ont commencé à faire le trajet en sens inverse. On a entendu que des artistes, des branchés, des urbains s’installaient dans le coin, prenaient les choses en main. Des gens fiers de dire qu’à Charleroi et dans les environs, il y a de la place pour les initiatives, la joie, la création.

Alors, au ELLE Belgique, on a fait notre coming-out. Béa, rédac’ cheffe, née à Marcinelle (et pas – comme le dit la légende – dans un sac Chanel), qui balance comme un aveu que son papa était le directeur de l’Inno. Qu’elle se souvient des concerts de ska au Palais des Expos. Marie, journaliste web, qui se rappelle les t-shirts Puta Madre et les Nike « requin » portés par des gars qui osaient les accessoiriser avec du doré (vingt ans avant la goldmania de ce printemps !). Les « Serge Taquin » (surnommés comme ça à cause de leurs trainings Sergio Tacchini) arpentant la rue de la Montagne comme si c’était du sport. Puis moi, produit binchois dont les samedis après-midi ont été rythmés par les séances de ciné au Vauban-Marignan, par les cafés dans des filtres argentés aux Mille Colonnes, sous le regard du chef à toque imprimé sur l’affiche de la Foire des arts ménagers. Un temps où Cockerill-Sambre dégageait encore une odeur d’œuf pourri cuit à l’étouffée.

Tous nos souvenirs d’enfance et d’adolescence déversés face à nos collègues un rien médusées. C’est à ce moment-là qu’on a senti qu’on avait encore du carolo dans le sang, même si on a ravalé notre accent depuis longtemps.

Alors on a écouté « Notre ville », le titre du rappeur Mochelan, et on était pile dedans : « On dit de notre ville qu’elle est sale, qu’elle pue comme une porcherie (...) On dit de nos habitants qu’ils sont vils et malpolis (...) On dit d’notre ville qu’elle est méchante, dangereuse et aggressive (...) On dit d’chez nous qu’y a qu’des têtes creuses et des braqueurs (..) Notre ville sait se r’dresser alors on étouffe sa vigueur. Mais notre ville, plus elle est blessée, plus elle retrouve son honneur. »

Et il n’y a qu’à regarder du côté des programmations culturelles, du développement des start-ups, des projets urbanistiques, architecturaux et sociétaux pour constater que Charleroi renaît de ses cendres, avec des leçons à donner aux autres villes sclérosées.

On vient de Charleroi, et on y retournera.

Parce que tout se passe là-bas...

Ne loupez pas notre ELLE Belgique d'avril et son dossier spécial Charleroi, en kiosques ce vendredi 21 mars.

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