Paris Fashion week : Chanel, l’auto-dérision qui a super(bien)marché

Publié le 4 mars 2014 par Elisabeth Clauss
Paris Fashion week : Chanel, l’auto-dérision qui a super(bien)marché

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Ou quand un panel de veinards dont Vanessa Paradis, Gaspard Ulliel et Mélanie Griffith a pu pousser le caddy au Chanel Shopping Center, décor de supérette installée au Grand Palais pour le défilé AH14.

C'était drôle, chic, et polémique.

Surtout, le décor était super bien fichu. Mention "très très bien" à Villa Eugénie, la société belge qui a conçu la scénographie. Les spectateurs entraient par les caisses, tout l'univers de la grande distribution avait été recréé : caddy Chanel, panneaux détournés, promos sur le "jambon Cambon", piles d'oranges étiquettées "Gabrielle". On se baladait au rayon petit déjeuner, cosmétiques, bricolage ("la brosse à reluire" était de rigueur"). Dans le regard des invités au show, on lisait la question de savoir si on pourrait embarquer tout ça à la fin (non). Enfin, on s'installait sur des caisses de vin.

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Même Anne Dello Russo, qui en vues d'autres, n'en revenait pas.
Même Anne Dello Russo, qui en vues d'autres, n'en revenait pas.

En guise de défilé, une performance, menée par des mannequins qui arpentaient les rayons, d'autres qui faisaient "authentiquement" leurs courses, comparant les prix, un caddy matelassé ou un panier orné de chaînettes accroché au bras. Dans leurs cheveux, des lambeaux de foulards, à leurs pieds, quasi uniquement des sneakers.

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Il régnait ici une bonne humeur difficile à gâcher, portée par des caisses (automatiques) de second degré.

Toutes les catégories de ménagères étaient représentées : la desperate housewife en legging rose troué (celle de matin après la dépose des mômes à l'école, vous la connaissez, je le sais) ; la bourge-à-mari qui porte les sacs ; la branchée en manteau ample, écouteurs sur les oreilles, cabas déplié d'un sac Chanel (comme les pliables de nos grands-mères) casé au creux du coude.

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Par intermittence, la musique de fond (entraînante comme dans une boîte brésilienne), était interrompue par des annonces micro (voix de Mademoiselle Agnès, à y être).

"La petite Maryline attend sa maman à l'accueil"

La collection : jeune, fun, colorée, dépoussiérée. Baskets irisées, basses ou montantes en bottes, combat boots matelassées aux genoux (on en a encore des palpitations).

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Les filles se croisaient au coin des rayons - cabas, oui, cabas bien. Ambiance swag, certaines dansaient carrément en marchant.

Dans la plupart des pièces, de l'argenté, des matières brillantes comme une couverture de survie, évoquait une moment de science fiction. D'ailleurs tout ce show, c'était de la science fiction.

"Le brie Gabrielle, dur à l'extérieur, tendre à l'intérieur".

On a aimé le carré VIP, dans le rayon charcuterie. C'était drôle, d'y caser les beaux morceaux.

A la fin du show, la vois-de-Mademoiselle-Agnès-au-micro invitait les "clients" à se diriger vers les caisses. C'est bien le but d'un défilé, de toute façon, autant être clair.

Evidemment, personne n'a quitté le décor en courant pour choper la navette direction la présentation suivante, comme d'habitude : il y avait bien trop à voir, dans ce supermarché customisé-25ème-degré. Le service d'ordre a juste un peu ramé pour récupérer les boîtes de "Salsifis comme ça" et autres "Chococolat", que les gens essayaient d'embraquer (nous n'y avons même pas songé, par pure honnêteté, et aussi parce qu'on avait un sac trop petit).

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Et parce que dès qu'on déconne un peu on provoque une bonne polémique, ça a pris le temps d'un jingle que les critiques pleuvent : "déjà que les gens ont du mal à faire leurs courses, comment ose-t-on", "c'est ça la place de la femme, au supermarché ?". Dans une conjoncture où le seul fait d'évoquer le luxe tient du mauvais goût, Karl Lagerfeld, faisant de l'une des marques les plus emblématiques du haut de gamme un bien de consommation courante - voire un produit de première nécessité - a déclenché l'ire de certains observateurs. Pourtant, ce show n'était  qu'une pirouette de supérette, un formidable exercice d'autodérision, pour présenter une collection enthousiasmante, au kilo.

N'oublions pas que dans le Cambon, tout est bon.

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Gaspard Ulliel (il y avait des filles qui criaient son nom)
Gaspard Ulliel (il y avait des filles qui criaient son nom)