Demain, la fin des fashion weeks ?

Mis à jour le 12 février 2018 par Elisabeth Clauss
Demain, la fin des fashion weeks ?London Fashion Week Anya Hindmarch.
London Fashion Week Anya Hindmarch.
London Fashion Week Anya Hindmarch.

C'est un balbutiement, mais c'est ainsi que commencent les changements de paradigme. Deux maisons, Jean-Paul Lespagnard et Schiaparelli,  décident quasi simultanément, de ne plus suivre le calendrier des fashion weeks.

Bien sûr, c'est plus facile quand on n'est pas un mastodonte de l'industrie, mais une structure modeste en terme de diffusion. C'est aussi pour cela qu'ils peuvent se permettre d'ouvrir la voie.

Le fonctionnement des fashion weeks est bien rôdé, depuis une quarantaine d'années à Paris, dix de plus à Londres : une marque présente sa collection, les acheteurs des boutiques pré-commandent les modèles qu'ils vendront à la saison suivante. Dans les 6 mois d'intervalle entre le show et la mise en rayon, en fonction des commandes, la marque produit. Une pièce qui n'a pas été suffisamment plébiscitée restera un prototype, dans les archives.

De plus en plus de créateurs y voient une incohérence, d'autant que ce qu'on porte en hiver en Europe, ça n'est pas valable en Asie ; les modes de vies sont différents d'un marché à l'autre, et selon la météo, tout simplement.

Jean-Paul Lespagnard, qui nous avait habitués à des défilés-événements, ne montrera pas sa prochaine collection en février à Paris, comme les autres. Il vient d'annoncer qu'il dévoilerait ses propositions en juin et en janvier, afin de délivrer ses collections directement : "Le but est de présenter, vendre et communiquer une collection et de la diffuser directement quelques semaines après dans les boutiques. Ce qui à mon sens correspond mieux aux nouveaux systèmes de communications et de distributions."

Même prise de position du côté de la Maison Schiaparelli, la marque de Couture française qui renaît de ses cendres 60 ans après sa fermeture, qui ne dévoilera sa première collection de prêt-à-couture (saison automne/hiver) qu'à la mi-juin, à peu près au moment où elle sera disponible en boutique.

C'est une démarche plus évidente pour des structures qui n'ont pas des centaines de points de ventes à fournir, mais qui pourrait faire école. Le monde va plus vite, la mode va plus loin.

Dans son édito du numéro Spécial Mode de Mars dont voici un extrait, notre rédactrice en chef Béa Ercolini annonçait déjà la tendance :

"Les fashion weeks, c’est n’importe quoi ! L’hiver s’éloigne, vous venez de ressortir votre trench de printemps, et voilà que le JT montre des images de filles en fourrure, avançant d’un pas mécanique sur un podium au décor de banquise.
Des pulls à col oversize, des étoles en renard. Alors que, dans les magasins, les chemises blanches et légères, les transparences, les bermudas et les robes courant d’air s’alignent sur les portants. La fashion week – quatre semaines en fait, étalées sur septembre-octobre et février-mars et sur quatre villes (dans l’ordre : New York, Londres, Milan et Paris) –, c’est ce qu’il faudra porter dans six mois si l’on veut suivre la mode (...) Le secteur du textile évolue à un rythme incompréhensible pour le commun des mortels.

(...) Ce qui est sûr, c’est que le calendrier de la mode, comme le reste de nos existences – ce qui est tout de même plus important – sera bientôt bouleversé par l’avalanche d’images charriées par le web".

L'intégral dans le magazine, sorti ce mercredi 19 février.