Olivier Theyskens change d’époque

Mis à jour le 10 janvier 2018 par Elisabeth Clauss
Olivier Theyskens change d’époque

Il avait relancé sa marque l'année passée en interprétant les références historiques de sa mémoire. Cette saison, Olivier Theyskens insuffle de la séduction directe, mariage de cuir et de lingerie.

Il est un peu à la mode ce que Xavier Dolan est au cinéma. Précoce, observé à la loupe, et trop rare publiquement. A 19 ans, Olivier Theyskens entamait ses études de stylismes à La Cambre. A 25 ans, il devenait directeur artistique de la Maison Rochas. A 29 ans,  il acceptait le même poste à la tête de création de Nina Ricci. Puis Theory à 35 ans, et peu avant le passage vers la quarantaine en 2016, la fondation de sa Maison éponyme, finalement.

Designer qui crée l'événement à chaque nouveau statement, Olivier Theyskens a toujours l'air d'un gamin. Il promène son allure d'elfe dans une époque qu'il survole, créateur-équilibriste dans un monde de prêt-à-mâcher. Il a les épaules frêles, mais solides : désormais entrepreneur (« je suis créateur, ça n'est pas ma vocation à long terme de chercher des financements, mais pour ce projet, je me suis lancé »), il gère sa Maison comme une œuvre productrice d'art, qu'il doit cependant rendre rentable. Pour l'été prochain, sa collection de prêt-à-porter de luxe à mi-chemin avec la Couture invite la robe du soir à sortir en journée, couvre les bustiers de perfectos , et dévoile les cuisses haut. Le style glisse vers plus d'épure, flirte avec les codes contemporains, place la séduction plus près de la peau.

Il dit : « Je m'imagine à la place des femmes. Je me projette dans leurs désirs et leurs besoins. Je les vois de manière plurielle : avec leur approche smart, chic, intellectuelle et sensuelle des vêtements. Je veux faire des vêtements utiles. Et parfois, juste du design pour du design, sans me projeter dans l'idée d'une muse. Je me dis simplement « ça va être beau porté », sans me limiter à l'image figée d'une égérie ». C'est une collection qui colle à une attitude de jeunesse, et qui séduit sans ambages une génération plus expérimentée. « On est toujours surpris par ceux et celles à qui plaît notre travail. C'est pourquoi, avec le temps, je me suis détaché d'une image précise. En toute chose, j'évite les clichés et les stéréotypes. » Son lien avec l'école Belge se discerne dans la rigueur des montages, des coupes, dans une certaine forme de minimalisme. Des couleurs sombres, parentes du noir. Et bien sûr, depuis le début de sa carrière, sa signature architecturale de la construction.

La collection du Belge parisien est fabriquée en Italie, auprès de fabricants de prêt-à-porter haut de gamme, à la main pour certains assemblages complexes : « le luxe se niche dans le détail des finitions. » Dans le culot d'assumer une création sans concessions, aussi.

Plus d'images :

Photos : Etienne Tordoir / Catwalk Pictures)