Bosser en couple, c’est comment?

Mis à jour le 22 janvier 2018 par Laurence Donis
Bosser en couple, c’est comment?bosser en couple

Amoureux avant d’être collègues, ils ont tout quitté pour bosser en couple. Les proprios du resto Le Colonel, des concept stores Belge une fois et The Little Green Shop racontent leurs expériences... Interviews croisées. 

Anaïs & Benoit

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33 et 38 ans, propriétaires du Colonel.

>> Leur business : un resto où on déguste de la viande de bœuf de haute qualité tout en découvrant le processus de maturation.

VOTRE RENCONTRE ? 

Anaïs. Il y a quinze ans, j’étais mannequin et lui, assistant de production sur un événement. Ça a été le coup de foudre, on ne s’est plus jamais quittés.

Benoit. C’est moi qui ai fait le premier pas. Je l’ai repérée lors d’un défilé que j’organisais et je l’ai bookée pour deux autres events parce que j’avais envie de la revoir...

LES DÉBUTS DU COLONEL ? 

A. On mangeait dans un steakhouse à Disney, en Floride, et on a eu un coup de cœur pour ce resto. La viande était parfaitement mise en scène... On avait envie de casser la vitrine et de poser plein de questions. Pendant les grandes vacances, on est partis six semaines avec nos deux filles en France pour rencontrer les pro- ducteurs et trouver des produits de qualité.

B. J’avais vendu ma discothèque, le K-Nal, et je rêvais d’ouvrir un restaurant, mais je craignais de compromettre notre vie de famille. Anaïs m’a promis qu’elle m’aiderait et on s’est lancés. On a toujours travaillé ensemble donc je savais que ça se passerait bien.

LA RÉPARTITION DES RÔLES ? 

A. J’ai toujours été la première assistante de Ben lorsqu’il travaillait dans l’événementiel. J’étais une employée intéressante ! Je faisais tout par amour : je distribuais des flyers, j’écrivais ses communiqués de presse, je gérais son équipe... Il était le boss et j’exécutais les tâches. Aujourd’hui, on est sur un pied d’égalité. Le Colonel est un projet commun et c’est très épanouissant.

B. Je fais la partie du boulot qu’Anaïs n’aime pas, et inversement. On est très complémentaires. On n’a pas la même façon de travailler mais on partage les mêmes goûts, les mêmes valeurs. Chacun fait le service à son tour et celui qui n’est pas au resto s’occupe du back office à la maison. On a tous les deux notre propre bureau !

VOTRE VIE DE FAMILLE ? 

A. Quoi qu’il arrive, on mange en famille à 18 h. C’est sacré. On en profite pour discuter avec les filles, danser, chanter. À 18 h 30, l’un de nous part travailler et l’autre s’occupe des petites. Le Colonel m’a permis de m’épanouir professionnellement mais aussi en tant que maman. Aujourd’hui, j’attends notre troisième enfant...

B. C’est vrai qu’on ne passe pratiquement jamais nos soirées ensemble mais on se bat pour que notre couple fonctionne et on s’accorde régulièrement des petits week-ends à deux. Depuis qu’on a ouvert le resto, on a les mêmes horaires et tout est plus simple.

UN SOUVENIR PARTICULIÈREMENT HEUREUX ?

A. Le soir où Albert II est venu et lorsque le grand-père de Ben a mangé chez nous. Il était colonel et on voulait lui rendre hommage. Je pense qu’il a attendu l’ouverture pour nous quitter, il est décédé trois mois après.

B. Tous les jours, lorsque les clients sont contents d’être là et qu’ils se sentent comme chez eux. Je suis fier d’avoir appelé le restaurant « Le Colonel », je fais honneur à mon grand-père et à toutes les valeurs humaines qu’il m’a transmises.

DES CONSEILS ?

A. Bien se connaître sur le plan professionnel. Ce n’est pas parce que l’on aime quelqu’un dans la vie privée qu’on le supportera au boulot. Séparer un maximum les tâches permet aussi de respirer.

B. Prendre son temps. Il faut se connaître par cœur et bien réfléchir avant de se lancer.

UN MOT POUR DÉFINIR VOTRE RELATION ?

A. Solidarité. On est toujours là l’un pour l’autre. J’ajouterais passion et équilibre.

B. Duo. On n’est pas toujours collés l’un à l’autre mais c’est ma moitié. C’est ensemble que l’on réussit le mieux.

Le Colonel, 24 rue Jean Stas, 1060 Saint-Gilles.

Crédit photo: Fred Sablon

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Natacha & Arthur

 

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27 et 30 ans, propriétaires du concept store Belge une fois

>>Leur business: une boutique où on shoppe une sélection pointue d’objets design, de vêtements et d’accessoires made in Belgium.

VOTRE RENCONTRE ? 

Natacha. On s’est connus grâce au baptême étudiant. J’avais 19 ans et lui 22. Tout s’est passé très vite, je suis une fonceuse !

Arthur. On est rapidement sortis ensemble, on a emménagé dans la même coloc’ trois mois après et aujourd’hui, on vient d’acheter notre maison.

LES DÉBUTS DE BELGE UNE FOIS ? 

N. Après une dispute avec Arthur, j’ai créé le poster « Belgicismes une fois ». Quand je le lui ai montré, il m’a dit que c’était génial et ça a fait le buzz sur Facebook. Entre-temps, ma maman est décédée et ça a été le déclic. Je me suis lancée à fond dans le projet, je voulais qu’elle soit fière de moi.

A. La tante de Natacha nous a demandé de tenir sa galerie, rue Haute, pendant les vacances et on en a fait un pop-up store de designers. En me baladant dans le quartier, j’ai vu qu’il y avait un espace à louer. Natacha a appelé le propriétaire et on signait le contrat deux jours plus tard.

ET APRÈS ? 

N. Tout le monde nous trouvait cinglés mais j’ai besoin de folie sinon je m’ennuie. Aujourd’hui, on expose le travail de 120 créateurs et on bosse sur un projet secret. On ne nous attend absolument pas sur ce terrain...

A. Le jour de l’ouverture, le 13 novembre 2015, on était vraiment euphoriques. Mais vers 1 h du matin, on a appris pour les attentats de Paris... Cela nous a néanmoins permis de nous rapprocher des autres commerçants et de nos premiers clients qui nous remerciaient d’être ouverts.

VOS CARACTÈRES ? 

N. Je suis très stressée, Arthur est beaucoup plus cool. Il m’aide à relativiser et trouve toujours le bon côté. On se complète, il a parfois besoin d’être secoué et moi d’être calmée.

A. Natacha dira peut-être que je suis trop positif mais elle a tendance à stresser alors qu’elle réussit ce qu’elle entreprend.

LES AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DE TRAVAILLER EN COUPLE ?

N. C’est génial de pouvoir passer tout mon temps avec Arthur. C’est mon meilleur pote et j’espère mon futur mari. J’ai une confiance totale en lui. On partage les bons comme les mauvais moments. Mais pendant les périodes de rush, on est tous les deux sur les rotules et il n’y en a pas un pour booster l’autre.

A. On a les mêmes horaires et on s’épanouit ensemble. Quand il y a du monde, on se regarde de loin en souriant, c’est super motivant ! Mais il faut aussi veiller à faire des activités chacun de son côté.

VOS CONSEILS ? 

N. Communiquer. Ça nous arrive de boire une bière dans le concept store après la fermeture et de discuter des ennuis liés au boulot. Cela permet d’évacuer les frustrations.

A. Définir le domaine de compétence propre à chacun. Natacha s’occupe de tout ce qui est graphisme et réseaux sociaux, moi de la mise en place et de la partie construction. On ne se concerte pas pour tout, bosser en couple c'est aussi se faire confiance.

UN MOT POUR DÉFINIR VOTRE RELATION ?

N. Folie.

A. Culot.

Belge une fois, 89 rue Haute, 1000 Bruxelles.

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Sarah & Nicolas

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32 et 39 ans, propriétaires du concept store végétal The Little Green Shop

>> Leur business : une adresse pour boire un thé, acheter un bouquet de fleurs trendy et dévorer un délicieux brunch végé.

VOTRE RENCONTRE ? 

Sarah. C’était il y a huit ans, par hasard, sur la Grand-Place de Nivelles. On est diamétralement opposés mais notre couple fonctionne parce qu’on partage les même valeurs.

Nicolas. Ce n’était pas gagné d’avance ! On vient de deux mondes complètement différents. Je travaillais avec les sans-abri au Samusocial alors que Sarah courait les Fashion Weeks. Elle était styliste et gérante de deux boutiques. On a beau- coup appris l’un de l’autre.

LES DÉBUTS DE THE LITTLE GREEN SHOP ?

S. On s’ennuyait tous les deux dans nos boulots alors on a démissionné. Une nuit, on a discuté de notre idée pendant des heures et, en six mois, le projet était finalisé. Je m’occupe des fleurs, des brunchs et des events à l’extérieur. Nico gère l’accueil et conseille les clients sur les plantes. On est très complémentaires.

N. Tous les matins, on buvait un thé avec Sarah dans notre petit salon d’hiver. La pièce donne sur notre jardin où poussent plein de variétés de plantes différentes. J’ai toujours adoré ça. On s’est dit qu’on allait combiner un tea-room et un fleu- riste. Les brunchs ont vite cartonné, ils ont permis d’apporter de la visibilité à notre concept store.

DES APPRÉHENSIONS AVANT DE VOUS LANCER ?

S. Jamais, mais les potes de Nico sont toujours stupéfaits de constater que l’on peut être 24 h sur 24 ensemble. Moi, ça me paraît naturel.

N. Forcément, j’avais des appréhensions sur le fait de travailler en couple. C’est à double tranchant mais finalement, ça se passe super bien avec Sarah. J’avoue qu’elle prend souvent sur elle lorsqu’il y a un problème et on en rediscute ensuite le soir. Même si le shop n’est pas grand, on n’est pas physiquement collés toute la journée. Il faut pouvoir s’aménager des moments à soi pour avoir des histoires à raconter et continuer à surprendre l’autre.

VOTRE PLUS GRAND CHALLENGE, VOTRE PLUS BELLE RÉUSSITE ?

S. Trouver des financements a été la partie la plus difficile. Personne ne veut prêter à un couple qui n’a pas de revenus complémentaires. Mais l’automne passé, on a été engagés sur le dernier film de Rupert Everett avec Colin Firth. C’était une expérience incroyable !

N. Personne ne croyait au projet et des subsides sont arrivés en retard alors qu’on avait déjà placé toutes nos économies dans le shop. Mais il existe toujours et on est de plus en plus amoureux, c’est déjà une belle réussite !

LES AVANTAGES ET LES INCONVÉNIENTS DE TRAVAILLER EN COUPLE ?

S. On a les mêmes horaires et l’autre comprend pourquoi tu bosses autant. C’est super agréable de se sentir soutenu à 100 % mais il faut faire attention à ne pas ramener les problèmes du boulot à la maison.

N. On s’entraide énormément et notre complicité est très forte. Le fait de travailler ensemble nous a encore plus rapprochés. Après, on s’oublie parfois lorsque le couple est trop mis en avant.

DES CONSEILS ?

S. Être sûr que le couple soit solide avant de se lancer. On s’était dit qu’on ne parlerait pas de boulot à la maison mais c’est impossible ! Je suis obsédée par notre projet, c’est notre bébé (rires).

N. Bien connaître les forces et les faiblesses de l’autre avant de bosser en couple et de démarrer un projet commun. Avec Sarah, on n’essaie pas de se changer. C’est important de faire des compromis et de laisser à chacun la place d’exister, de briller.

UN MOT POUR DÉFINIR VOTRE RELATION ?

S. Passion. On s’aime et on aime ce qu’on fait.

N. Unis, amoureux.

The Little Green Shop, 314 chaussée d’Alsemberg, 1190 Forest.