Scène de ménage

Mis à jour le 10 janvier 2018 par LDP Magazine
Scène de ménage

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Mon mec, je vous en ai déjà parlé, je trouve que c'est un vrai mec. Il a des gros bras, il a des poils, il bricole et il rassure. Bien sûr, comme c'est un vrai mec, sa fidélité est douteuse, il ne sait cuisiner que trois plats dont deux avec des pâtes et si il se sent dans son bon droit il peut mentir en me regardant droit dans les yeux.

Mais bon.

  • Thème du jour : le partage des tâches
  • Pourcentage de gens qui ne seront pas d'accord avec ce que je dis: 50% + une meuf qui a un blog féministe mais que je ne lis pas

L'autre jour je me plaignais d'un xème bac à linge débordant, parce que je fais pas son linge faut pas déconner, même si sa mère-la-pute me mettait un couteau sous la gorge je le ferais pas. Il a dit qu'il allait le faire mais il a oublié le linge dans la machine. Il a fait retourner la machine et il l'a oublié une deuxième fois. Il l'a fait tourner une troisième fois (l'eau et l'électricité il croit que c'est gratuit) et là il a pensé à le mettre au séchoir. Ensuite, abandon du linge. Quand j'ai eu besoin du séchoir j'ai dû le vider. J'ai laissé la manne dans la cave. Dix jours après je l'ai entendu dire "je ne trouve plus aucun de mes jeans, c'est bizarre ça non?"

"Dans la cave" j'ai dit. Je ne suis pas sans coeur.

Il m'a dit "tu sais, c'est dur d'être un homme dans cette ère post-féministe".
Comme ça, paf. Pour me clouer le bec. Il est fort ce gars.

Allez on décortique un peu.

D'abord, admettons-le, on n'a pas demandé le féminisme. Le prochain connard bourré qui me sort "ah ça, vous avez voulu l'égalité des sexes" promis je le pends. Parce que c'est pas moi : c'est ma mère. Non pas qu'elle ait eu tort, hein, j'entends d'ici les cris, oulala c'est bon calme tes nerfs ! Mais si elles avaient su dans quelle merde elles allaient nous fourrer, un gros bazar qui se rééquilibrera pas avant dix générations, elles auraient peut-être réfléchi à deux fois avant de sortir de leur cuisine.

Parce qu'on y est toujours dans la cuisine. Et en plus, on va bosser.

Mais ça on le sait déjà hein les filles. Les choses ont changé, mais à moitié. On n'est plus dans les années 20, on ne peut plus rester à la maison et vivre sur le salaire de l'homme. Demander la permission pour s'acheter des chaussures, et tout ça. En plus, depuis qu'on ne doit plus faire le linge à la rivière, on a du temps. Du temps, besoin d'argent, on travaille.

On pourrait en écrire des articles marrants sur l'homme et le ménage, et faire des blagues à l'infini sur les histoires de chaussettes, du gars qui pense à manger mais jamais à faire les courses, qui ne "voit pas" qu'il fait sale etc. On rigolerait bien et on serait d'accord, entre nous on se comprend, et c'est sûr que fondamentalement, y a pas de raison pour qu'en plus de bosser autant que lui, on doive faire le ménage plus que lui, pour une putain d'histoire de chromosomes, non y a pas de raison. Pourtant c'est le cas.

(J'entends d'ici les jeunes filles: "non mais il va changeeeer" "il fait des effoooorts". Laisse tomber poulette, IT'S A FUCKING DREAM. Tu me crois pas hein c'est comme pour les bourrelets tu crois que t'en auras jamais. Tu me fais rire tu sais.)

Alors pourquoi les hommes n'arrivent pas à un vrai partage des tâches? Qu'est-ce qu'ils disent quand on les laisse parler vraiment? Parce que perso, le mien, je le saoule tellement avec ça, il a tant de fois été privé de petits matins légers et de jambes en l'air à cause de ma mauvaise humeur ménagère, je l'ai tellement fait CHIER que s'il avait fait un simple calcul coût/bénéfice il se serait vite rendu compte qu'il avait tout à gagner à passer un coup d'aspi et ranger un peu son bordel au fur et à mesure.

"C'est dur l'ère post-féministe" qu'il dit.

Et c'est vrai que si les rôles sont flous pour nous, ils le sont aussi pour eux. Regardez ce qu'on demande aux hommes aujourd'hui: d'être multi-fonction. Oui, comme nous. Ils doivent assurer au lit, être doux mais sensuels mais sauvages. Savoir comment on fonctionne mais être inventifs donc nous surprendre mais pas nous forcer. Apprendre à cuisiner mais pas faire tout le temps la même chose mais faire ce que nous on veut manger et qui fait pas grossir mais aussi nous inviter au resto et là si on grossit un peu c'est moins grave. Etre un père avec de l'autorité mais un papa-poule mais aussi un repère rassurant mais attention pas fesser pas crier être à l'écoute des enfants mais pas prendre notre place. Etre pas un con comme son père mais pas une ménagère comme sa mère mais manier le balai en restant viril mais sensible mais pas trop parce que trop c'est pas sexy. Etre à l'écoute de nos trucs de filles mais porter les trucs lourds mais sans faire le macho et nous laisser faire à notre manière parce qu'on sait et savoir quoi faire quand on ne sait pas.

T'es chiante tu sais?

Alors que l'homme de dans le temps, il ramenait du fric il mettait ses pieds sous la table il élevait la voix s'il fallait, et on lui foutait la paix, tu vois?

Alors les filles, un peu de compassion, il a raison mon mec. Etre un homme libéré, c'est pas si facile.

 

L'article original est sur LDP Magazine