Une stratégie inédite pour mettre KO le virus du sida

Mis à jour le 22 janvier 2018 par Laurence Donis
Une stratégie inédite pour mettre KO le virus du sida

C'est une première mondiale et elle est belge! Le CHU Saint-Pierre et l'ULB vont lancer un essai clinique novateur au printemps 2017. Le but? Aboutir à la rémission de l'infection du VIH. 

Sur le ring: le virus du sida VS les scientifiques. Le match dure depuis plus de 20 ans, les chercheurs tentent toujours d'établir un plan efficace pour vaincre leur adversaire... Et la victoire approche. Le service des maladies infectieuses du CHU Saint-Pierre et le service de virologie moléculaire de l’ULB vont démarrer une étude pilote originale visant à mettre l'infection VIH en rémission.

Concrètement, ça fonctionne comment? Aujourd'hui, les personnes séropositives doivent suivre une multithérapie (en bref, prendre un cocktail de différentes molécules pour bloquer les virus). Mais ce traitement antiviral n’éradique pas le virus et les patients doivent suivre une multithérapie à vie et en continu au risque d’une reprise de l’infection. «Notre but, c’est qu’un patient puisse entrer en rémission, c’est-à-dire arrêter sa multithérapie tout en contrôlant son infection. A l'heure actuelle, ce n'est pas possible à cause de la persistance des cellules réservoirs. Ce sont des cellules infectées de manière latente. Elles sont présentes dans l'organisme mais n'expriment pas le virus, on dit qu'il est 'dormant'», nous explique Carine Van Lint, cheffe du service de virologie moléculaire à l'ULB. Le problème de ces cellules vicieuses, c'est qu'elles échappent à notre système immunitaire et qu'elles sont tout de même dangereuses.

Des stimulations telles qu'un simple rhume permettent de les réactiver, (de les «réveiller» si vous préférez). L'objectif ultime, c'est donc de diminuer le nombre de ces cellules réservoirs (voire de les éliminer) pour atteindre une rémission (ou dans le meilleur des cas, une guérison). «Pour y arriver, le CHU Saint-Pierre et l'ULB vont délibérément réactiver les cellules réservoirs, les forcer à produire le virus. Ces cellules vont alors être détruites par le système immunitaire (et les virus réveillés seront empêchés d'infecter de nouvelles cellules cibles grâce à la multithérapie)», indique la scientifique. En méga simplifié, imaginez un ennemi caché, invisible, donc impossible à atteindre mais potentiellement dangereux. La stratégie, c'est de le faire sortir de sa tanière pour pouvoir le tuer!

Quoi de neuf docteur? Ce n'est pas la première fois qu'un essai clinique de ce genre est lancé mais celui-ci est vraiment innovant. «Nous pensons que notre stratégie de réactivation des cellules réservoirs sera plus efficace pour plusieurs raisons. Nous allons combiner deux médicaments, deux réactivateurs différents, nous savons dans quel ordre les administrer et le traitement sera individualisé et répété», explique Carine Van Lint. L'étude débutera au printemps 2017 et si l'essai clinique fonctionne, on peut espérer un résultat dans une petite dizaine d'années...

Crédit photo: Film "Dallas Buyers Club"