L’Histoire de l’Amour

Mis à jour le 16 février 2018 par Elisabeth Clauss
L’Histoire de l’Amour

Vous devez aller voir ce très beau film. Parce que ça change des blockbusters dont la dramaturgie se résume en une ligne, et les chocs visuels en millions de pixels. Ici, vous plongerez en profondeur dans le moelleux des mots, dans une réflexion universelle sur l'émotion, une tragédie avec héros modernes.

L'histoire de l'amour, c'est une histoire dans l'histoire. Parce que l'amour, quand c'est bien fait, ça implique des imbrications.

Pour Radu Mihaileanu, pendant des siècles, l'humanité a eu peur des guerres, des loups, du noir, du froid, des étrangers… Mais pour la première fois de l'histoire de notre civilisation, aujourd'hui, les gens ont peur de l'amour.

Alors pour illustrer son propos, il a choisi d'adapter le livre éponyme de Nicolas Krauss, où des histoires d'amour sont contrariées. L'une par le fascisme, l'autre par les réseaux sociaux. Toutes proportions gardées, on saisit le parallèle. « Les jeunes doivent se révolter devant le galvaudage de l'amour. » Rien de niaiseux dans la narration, sinon on n'en parlerait même pas (et ça ferait tout seul un surcarton en salle, comme on sait).

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Selon le réalisateur, ce grand amour, si tout le monde en rêve, quasi chacun s'en défend. Il pose des questions philosophiques, sur le mérite du bonheur après avoir surmonté des embûches, et la nécessité de développer les capacités d'arbitrage des individus.

Les histoires d'amour de Radu Mihaileanu traversent trois générations, car pour lui, « rien n'est figé. La réponse d'aujourd'hui ne sera pas la bonne solution de demain. Le cheminement intérieur a tendance à se réduire à peau de chagrin. Il faut accepter d'autres vérités que la nôtre. Dialoguer avec la réalité les autres. C'est de la que naît l'amour. De la rigidité, ne naît que la peur. »

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Le film explore un autre chemin escarpé, celui de la force du mot écrit. Les mots voyagent, et de cultures en récits de vie, ils continuent de créer des liens entre les générations. « L'un des drames de notre jeunesse amoureuse actuelle, c'est qu'elle n'aura plus de traces de ses échanges. Plus de lettres, plus de petites notes glissées dans la poche ». Avec les mails et les réseaux sociaux, nous serions asservis à la globalité et à l'instantanéité. Pourtant, si l'amour peut se consumer, il ne peut pas se consommer.

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« Le rêve de la jeunesse s'est appauvri. Le fantasme le plus répandu et de se voir être aimé dans un écran. Être heureux avec une famille, des enfants et des amis n'est plus un exemple de réussite ». Est-ce que les enfants ne rêveraient plus que d'argent et de vedettariat ? « Les temps sont compliqués, la bêtise du terrain, mais tout n'est pas perdu. Regardez ces personnages, c'est vous. L'amour a toujours existé, il survivra. »

La dramaturgie pose aussi la question de l'exigence. Léo, le vieux monsieur héros du film, nous met face à nos paradoxe intimes : quand on a perdu un combat mais qu'on a transmis du courage aux autres, est-ce que au fond, on n'est pas le grand vainqueur ? « J'ai besoin de croire en la flamboyance. Aujourd'hui, on se résout à être mal lié aux autres. Il faut recréer de vrais liens. Les gens aimés savent aimer ». Donnez-vous la chance d'aimer cette histoire-là.

Déjà en salles.

Léo et Radu Mihaileanu
Léo et Radu Mihaileanu