Loïc Prigent: « Aujourd’hui, tout le monde est snob »

Mis à jour le 14 février 2018 par Marie-Noëlle Vekemans
Loïc Prigent: « Aujourd’hui, tout le monde est snob »

Journaliste, documentariste, observateur de la fashion sphère, twittologue distingué, Loïc Prigent est tout cela. Et son « J’aime la mode mais c’est tout ce que je déteste », recueil de tweets, est le best-seller de l’hiver.

Par Joëlle Lehrer.

Son entrée en « littérature » semble l’amuser beaucoup.
Une parution chez Grasset, on peut dire que ça le fait. Mais à franchement parler, tout semble amuser Loïc. Y compris le lustre monumental de l’hôtel Hilton, face à la gare Centrale. Il se verrait bien le mettre dans son appart. « Il n’y aurait que ce lustre, rien d’autre. Et je pourrais y pendre mes vêtements. »

140 signes

« Je n’ai jamais été frustré des 140 signes, taille maximale des tweets. Le plaisir ultime, c’est quand j’arrive à 140 pile. Réussir à manipuler la phrase sans perdre son jus, j’aime bien. »

Déjà dans Libé

« J’ai commencé à reproduire les petites phrases entendues lors des défilés dans Libération, en 97. J’ai l’impression que les sujets et les snobismes se sont multipliés depuis. Il me semble que tout le monde est devenu snob. Tout s’est hystérisé. On a accès à tellement de choses au bout des doigts. On dit tous des phrases de milliardaires dépressifs. Même les filles de quinze ans. »

La parole mannequin

« Dans ces tweets, reproduis dans le livre, la parole mannequin n’est pas hyper spécifiée, au contraire de celle des journalistes, rédactrices en chef, créateurs, maquilleurs, attachés de presse, blogueurs… Elles ont tendance à parler des langues scandinaves auxquelles je n’ai pas accès. Et elles sont très silencieuses, en plus. »

Trois mots pour définir la mode

« Riche, excentrique, drôle. »

Fan de ...

« Je suis très grand fan de Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Walter Van Beirendonck. Toute l’école belge. J’adore Jeremy Scott, Karl Lagerfeld, Marc Jacobs. Et Hedi Slimane. Tous ces gens sont férus de culture. »

Habillé pour l’hiver

« Je porte toujours une casquette ou presque. Et des labels. En tout cas, dans ma tête, ce sont des labels. Kitsuné, A.P.C., Nike. J’ai l’impression d’être habillé comme un paon dans un parc. Mon grand plaisir est de débarquer avec un blouson en laine polaire aux événements mondains. C’est une provocation. Je ne vais pas me mettre en smoking. »

Les critiques de mode

« Il y en a peu. Leur nombre est le même depuis que j’ai commencé. Avant, c’était le New York Times et le Herald Tribune. Aujourd’hui, c’est le New York Times et Business Fashion. Le net n’a pas créé la vague de critiques anarchistes qu’on aurait pu espérer ou redouter. »

Rigoler tout seul

« Ça m’arrive tout le temps. Ce matin, je lisais dans un quotidien : des rayures de zèbre revisitées. Qu’est-ce que ça veut dire ? Je me disais qu’il n’avait pas voulu écrire “bordéliques”. »

Les qualités du meilleur tweet

« C’est celui qui fait rire et, à la deuxième lecture, fait froid dans le dos. »

Follower

« J’aime bien suivre des gens qui ne sont pas forcément des sommités du journalisme américain. Comme une prof qui raconte des histoires de ses élèves, ou des étudiants en province. »

Catherine Deneuve

« Idole ! Elle est très drôle dans la vie. Et franche. Qu’elle ait lu mes tweets pour Arte, c’est une chance hallucinante. »

Loïc Prigent, « J’adore la mode mais c’est tout ce que je déteste » (Grasset).

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