Interdiction de l’avortement en Pologne: on en est où?

Mis à jour le 22 janvier 2018 par Laurence Donis
Interdiction de l’avortement en Pologne: on en est où?

Vous n'avez pas suivi le dossier? On vous fait un rapide récap des différentes étapes. #CzarnyProtest

Là où tout a commencé: A l'origine de la colère des Polonaises, il y a une proposition de loi du comité Stop Avortement visant à interdire totalement l'IVG à une exception près: si la vie de la mère est en danger. Elle prévoit aussi des peines pouvant aller jusqu'à cinq ans de prison pour les médecins, les femmes ou n'importe quelle autre personne qui les aiderait. Le genre de projet ultra-conservateur qui donne envie d'hurler. Et pas qu'une demi-seconde. La législation à ce sujet est pourtant déjà l'une des plus restrictives d'Europe. Pour le moment, les Polonaises n'ont le droit d'avorter que dans trois cas: 1) S'il y a un risque pour la vie ou la santé de la mère, 2) Si l'examen prénatal indique une grave pathologie irréversible chez l'embryon, 3) Si la grossesse est le résultat d'un viol ou d'un inceste.

Le lundi noir: Alors que les Polonais n'ont pas vraiment l'habitude de descendre dans la rue, ils l'ont arpentée en masse le 3 octobre. Total look black pour les 100.000 manifestants qui s'opposent à cette proposition de loi, ils sont même soutenus par des stars comme Juliette Binoche. Marie Arena, députée belge au Parlement européen (qui s'est d'ailleurs saisi de la question) y était. Elle nous raconte: «La mobilisation était impressionnante à Varsovie mais aussi dans les plus petites villes de Pologne. Il y avait des femmes comme des hommes, des personnes de plus de 60 ans mais aussi des jeunes étudiants. Tous se sentaient concernés par cette question des droits fondamentaux.»

The day after tomorrow: 48 heures après la manif', les Polonais peuvent crier victoire. Le parti Droit et Justice (PiS), majoritaire au Parlement et son président, Jaroslaw Kaczynski, font marche arrière. L’interdiction totale de l’IVG est rejetée en commission parlementaire. Et 352 députés (sur 428) ont aujourd'hui clairement dit «non» en session plénière. Le ministre de la science et de l'enseignement supérieur, Jaroslaw Gowin, a même déclaré que les manifestants avaient donné une «leçon d'humilité» à la majorité. Bim.

Et maintenant? L'accès à l'avortement reste toujours très limité et le combat des femmes n'est pas terminé. «En Pologne, on vit aujourd'hui une situation qui est extrêmement inquiétante sur le plan démocratique et c'est pourquoi le Parlement européen sensibilise la Commission à ce sujet. Le gouvernement polonais travaille également sur une restriction à la contraception par exemple», explique Marie Arena. «Il faut rester extrêmement vigilant, en Pologne mais aussi en Belgique. Un retour en arrière est possible dans tous les pays européens et les droits des femmes sont souvent les premiers visés.»