Une zone « women only » au festival de Glastonbury

Mis à jour le 22 janvier 2018 par Laurence Donis
Une zone « women only » au festival de Glastonbury

Le célèbre festival anglais a décidé pour la première fois d'inaugurer un espace entièrement réservé aux femmes. Une fausse bonne idée ? Nous avons demandé l'avis de trois intervenants clés.

Adele, Muse ou encore Coldplay, de grands noms sont attendus au festival de Glastonbury. L'événement se tiendra du 22 au 26 juin dans le comté du Somerset en Angleterre. Et cette année, les organisateurs ont décidé d'innover. Ils n'auraient peut-être pas dû. Pour cette nouvelle édition, une « women only zone » sera mise en place, elle a été baptisée « The Sisterhood ». Qui pourra y accéder ? Les femmes... mais aussi les transgenres, les queers et les personnes handicapées.

Le line-up et le personnel de sécurité seront par ailleurs 100% féminin. Des débats sur la diversité seront aussi organisés. On aurait préféré que les hommes puissent y participer. « Les producteurs de Sisterhood estiment que les espaces réservés aux femmes sont nécessaires dans un monde qui est toujours gouverné et pensé principalement par et pour les hommes. L’oppression contre les femmes existe toujours dans le monde entier, dans des contextes culturels différents », peut-on lire dans un communiqué. L'objectif serait de favoriser les échanges entre les participantes mais aussi d'éviter les agressions sexuelles. Le projet est loin de faire l'unanimité.

L'avis d'Isabelle Simonis, ministre des Droits des femmes en Fédération Wallonie-Bruxelles : « C'est vraiment une mauvaise idée, ce genre d'initiatives fait reculer la mixité. Cela fait penser aux salles de sport ou aux wagons de train réservés aux femmes. C'est une mauvaise manière de lutter contre le harcèlement sexuel et cela engendre des entraves à l'égalité. On ne résout rien en cantonnant les femmes dans des zones spécifiques. Il faut plutôt miser sur l'éducation et se doter de législations efficaces qui condamnent très vite les auteurs d'agressions. »

Irene Rossi, porte-parole de Couleur Café : « Personnellement, je trouve que ce n'est pas une bonne idée, ce n'est pas du tout prévu chez nous. Un festival, c'est justement un lieu de tolérance où tout le monde se rassemble. A Couleur Café, on promeut la mixité à tous les niveaux. On essaie de mélanger les styles de musique et d'attirer les jeunes, les moins jeunes, les femmes, les hommes... Cette année, le thème de notre Village de Solidarité c'est le droit des femmes mais tout le monde est évidemment invité à participer. »

Vincent Liesse, psychologue à SOS Viol : « Prévoir une zone réservée aux femmes cela fait penser à une régression dans le temps où les écoles n'étaient pas mixtes. Ce genre d'initiatives attise la peur de l'autre et je ne vois pas en quoi cela va protéger les filles des agressions sexuelles. En sortant du festival, elles seront de toute façon confrontées aux autres. Le harcèlement existe, il ne faut pas le nier, mais il faut plutôt enseigner le respect mutuel dès le plus jeune âge. Séparer les femmes des hommes ne va pas encourager le 'mieux vivre ensemble'. »