Le festival d’Hyères : on a repéré qui chez les nouveaux créateurs ?

Mis à jour le 16 février 2018 par Elisabeth Clauss
Le festival d’Hyères : on a repéré qui chez les nouveaux créateurs ?©Etienne Tordoir / Catwalk Pictures
De son nom complet le "Festival International de Mode et de la  Photographie d'Hyères". Chaque année, de jeunes designers viennent tenter d'y remporter des prix qui les aideront à lancer leur collection mais surtout, se faire connaître.
Il étaient 10, enfin 11 puisque une marque émergente finlandaise était représentée par un duo, Hanne JURMU & Anton VARTIAINEN. Ceux-là ont marqué les esprits, avec leurs silhouettes masculines de cuirs peints naturalistes, et patchworkés avec du macramé. Les Nordiques ont évoqué les éléments avec leur jaune solaire, un bleu marine, des couleurs terre. Et des motifs floraux "école brugeoise". Ils ont développé un thème écolo en soutenant la récup, et fait défiler leur collection sur des garçons dégingandés aux longs cheveux qui leur tombaient sur le visage. Musique lancinante et mélopée marmonnées tandis que les mannequins titubaient sur leurs sabots, on hésitait entre une allusion aux Maître Flamands (influence qu'on voit beaucoup écumer les podiums ces derniers temps), et un passage de l'Eurovision. En tout cas, les Finlandais ont obtenu les voix de Chloé (et une bourse de 15.000€) pour leur robe relativement épurée en regard de leurs autres propositions, et les suffrages du Jury Mode qui leur a accordé une mention spéciale.

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©Etienne Tordoir / Catwalk Pictures
©Etienne Tordoir / Catwalk Pictures

Le prix du Public de la Ville d'Hyères a été décerné à Amanda SVART (Suède), pour sa collection minimaliste fondée sur une élégance fluide : des pièces en noir, blanc et gris, déclinées en pans noués et superposés avec un effet japonisant, une idée de capes ramenées au corps. On a aimé les dos nus asymétriques - la sexyness du dos dévoilé est si subtile -  et son interprétation d'une féminité forte anti-girly.

 

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©Etienne Tordoir / Catwalk Pictures
©Etienne Tordoir / Catwalk Pictures

Pour le Grand prix du Jury Première Vision, on était contents, c'est notre favori qui a remporté la floche, même si on ne nous avait rien demandé. Le Japonais Wataru TOMINAGA a porté une réflexion sur les imprimés colorés généralement accordés aux femmes, qu'il a adapté à un nouveau vestiaire masculin. Des expérimentations de matières, des aplats de papier-plastique fondu et froncé par des élastiques. Ce Festival est un grand labo, ces designers débutants des alchimistes dont le talents est proportionnel à la liberté : au final, leurs créations se mesure en culot. Wataru en a eu suffisamment pour imaginer un perfecto vibrionnant, comme les gosiers à plumes de certains oiseaux exotiques dont nous serions bien incapables de retrouver le nom mais ce n'est pas le sujet. Ses volumes à dimensions multiples, ses couleurs mises en valeurs par des formes inattendues dans des propositions masculines ont emporté les faveurs du jury. Peut-être parce que les innovations d'un successeur d'Issey Miyake apporteraient une jolie impulsion à la mode japonaise, mère des premières collections belges contemporaines. La boucle est bouclée, en 3D et avec de jolis plissés.

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Ils n'ont pas remporté de prix mais on va les garder à l'oeil :

©Etienne Tordoir / Catwalk Pictures
©Etienne Tordoir / Catwalk Pictures

Rolf Ekroth, le Finandais qui a hybridé des joueurs de football américains avec des cheerleaders. Le doyen des candidats (44 ans), a été marqué par les grands événements sportifs des années 90, incluant la course poursuite d'OJ Simpson avec sirènes de police en 1994. Il a beaucoup d'humour, Rolf. Dans ses créations, il y a de la tendresse pour les hommes, du second degré, jusqu'à 22.000 perles Swarovski par pièce, et 2.500 heures de travail (qu'il a partagé avec ses parents pour plier sa collection à temps). Suivez ce garçon : un jour, avec ses pom-pom boys, il décrochera le pompon.

 

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Autre candidat à surveiller : Yuhei MUKAI

©Etienne Tordoir / Catwalk Pictures
©Etienne Tordoir / Catwalk Pictures

Le créateur de bonne humeur. Communicative. Pendant qu'il représentait son travail au jury, il se marrait au moins autant que le public. Ce n'est pas anecdotique : ce Japonais déborde d'enthousiasme communique sa passion. Imprime son visage sur ses collections (les créatifs ne parlent jamais que d'eux-mêmes, celui-ci en a juste une conscience saine). Il a travaillé les coupes surtaillées, les fronces pour faire vibrer ces vêtements, et a texturé ses matières : les velours sont dévorés (ça veut dire "gravés"), les motifs brodés en brillants Swarovski pastels. On adoré le petit tutu mutin, et si Yuhei n'a pas reçu de prix officiel, on n'est pas trop inquiets pour lui : avec son humour, son excentricité maîtrisée et son souci du détail, il tracera sa voie. Son avatar lui ouvre déjà le chemin.

©Etienne Tordoir / Catwalk Pictures
©Etienne Tordoir / Catwalk Pictures

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A dépiauter : la technologique-anatomique collection de Clara Daguin.

©Etienne Tordoir / Catwalk Pictures
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La créatrice française a dévoyé des coupes classiques d'uniformes sur l'idée "d'à l'envers à l'endroit". Poussé à l'extrême : elle a choisi de montrer avec des leds brodés ce qui se passe sous la peau, de rendre l'invisible phosphorescent, en brodant sur ses vêtements des côtes et des entrailles, un peu comme on les perçoit sur des écorchés de labo. Une collection interpellante, pour ceux qui se sentent prêts à se lancer dans la mode quitte à n'avoir que les os / sur la soie / sur la peau...

La section mode de cette édition 2016 était un bon cru, il n'y a plus qu'à y croire.