Un Tumblr contre la banalisation des violences conjugales

Mis à jour le 22 janvier 2018 par Laurence Donis
Un Tumblr contre la banalisation des violences conjugales

Une journaliste, Sophie Gourion, a créé un Tumblr baptisé « Les mots tuent ». Il dénonce le traitement médiatique de la violence faite aux femmes.

« Le triple homicide est un drame passionnel »,  « Le boxeur cocu met sa femme K-O »,  « L’agression au couteau, du dépit amoureux ? » Ces titres, les journaux en abusent. Et s’ils nous paraissent anodins à première vue, ils ne le sont pas. Ces "petites perles" comme certains les appellent peuvent être assassines. C’est pour cette raison que la journaliste et blogueuse féministe Sophie Gourion a lancé un Tumblr intitulé « Les mots tuent ». Sur son site, elle collecte les articles qui parlent de la violence conjugale de façon inappropriée.

« Les 'drames familiaux', 'les drames de la séparation' les 'pétages de plombs' se retrouvent dans les colonnes des faits divers, entre deux chiens écrasés, comme s’il s’agissait d’événements isolés, liés au hasard et non systémiques », explique-t-elle. En traitant la violence faite aux femmes avec humour ou légèreté, les médias dédramatisent les faits et romantisent l'acte. Le Tumblr permet de se rendre compte que les formulations maladroites ne sont pas rares et qu’elles peuvent avoir un réel impact sur les lecteurs. En Belgique, on estime qu’un couple sur huit est concerné par les violences conjugales.

« Aujourd’hui, beaucoup de journaux sont bien informés et sensibilisés, ils délivrent en général un message de qualité. Mais certains médias plus populistes relatent les faits avec beaucoup de maladresse. Lorsqu’on lit des titres du style ‘L’amour a encore fait mal’, cela renforce l’incompréhension», nous explique Jean-Louis Simoens, le responsable de la ligne « Ecoute Violences Conjugales ». « Les médias confondent souvent disputes et violences conjugales. Une femme retrouvée inconsciente sur le bord de la route parce que son mari l’a jetée d’une voiture, ce n’est pas ‘une dispute qui tourne mal’ ». Les victimes restent souvent isolées parce qu’elles ont l’impression qu’elles sont responsables de leur situation. Un traitement médiatique plus juste encourage les femmes à se confier et permet de faire évoluer les mentalités.

Crédit photo: film Les Nuits avec mon ennemi