Les fashion weeks vont-elles disparaître ?

Publié le 2 octobre 2013 par Béatrice Ercolini
Les fashion weeks vont-elles disparaître ?

kenzoLes fashion weeks, c’est n’importe quoi ! Il pleuvine, vous venez de ressortir votre trench,  et voilà que le JT vous montre des images de filles en minijupes, jambes nues, avançant d’un pas mécanique sur un podium au décor de plage.

Des chemises blanches et légères, des transparences, des bermudas, des robes courant d’air. Alors que, dans les magasins, les pulls angoras et les manteaux oversized s’alignent sur les portants. La fashion week, quatre semaines en fait, étalées sur septembre-octobre et février-mars et sur 4 villes (dans l’ordre: New York, Londres, Milan et Paris), c’est ce qu’il faudra porter dans six mois si l’on veut suivre la mode.

Et vous, vous me suivez ? Ajoutez la Couture, qui ne défile qu’à Paris en juillet et janvier, et que les journalistes de la presse généraliste, ces ignares, qualifient aussi de “fashion week”.  Bref, le secteur du textile évolue à un rythme incompréhensible pour le commun des mortels.

“Les clientes n’y comprennent rien, explique Sonia Noël, la propriétaire de la boutique Stijl à Bruxelles. Ils entrent et demandent les pièces de la saison suivante. Et s’ils ont tout vu sur internet, on n’a plus le plaisir de leur faire découvrir une collection.”

Ce décalage a d’autres conséquences. Déjà, dans les années 90, le créateur belge Martin Margiela posait la question : pourquoi livrer au monde – et aux chaînes de fastfashion aux cycles de production ultracourts – des idées que l’on n’a pas encore eu temps d’exploiter soi-même ? A l’époque, il proposait de faire défiler des vêtements qui seraient livrés dans les boutiques le lendemain.

C’est ce que vient de faire un autre créateur, italien celui-là. Ex-directeur de création chez Yves Saint Laurent, Stefano Pilati vient de présenter à Milan des vêtements en cachemire ou coton précieux de la marque Agnona, son nouvel employeur, que l’on peut acheter tout de suite. Dès pièces tellement luxueuses que, soit dit en passant, même s’il les copiait dans la nuit, H&M ne pourrait égaler en qualité : certaines se vendent plus de 4 000 euros !

Il y a quelques saisons déjà, l’Anglais Burberry proposait aux internautes de pré-commander les modèles défilant sur le catwalk et, en livestreaming (en diffusion immédiate), sur le web. Click and buy. Pratique aussi pour la marque, qui sait quoi fabriquer et ne risque pas de rester avec du stock.

Ce qui est sûr, c’est que le calendrier de la mode, comme le reste de nos existences –ce qui est tout de même plus important- sera bientôt bouleversé par l’avalanche d’images charriées par le web. Au fait, restera-t-il du temps aux magazines, entre le show et le chaud, pour préparer leur Spécial Mode bisannuel. En toute franchise, je suis très curieuse de voir la suite.