BEST OF MODE : les 15 temps forts de 2015

Mis à jour le 16 février 2018 par Elisabeth Clauss
BEST OF MODE : les 15 temps forts de 2015

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Notre Sainte Mère la mode a connu elle aussi, bien des émotions en 2015. Remaniement, coups de théâtre, étoiles filantes et stars bien accrochées, on vous dit tout. En attendant l'année prochaine...

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Raf Simons a quitté Dior, comme ça, d'un coup.

Du moins, pour ce qu'on en sait. Le 22 octobre, après trois années et demi de direction créative de Dior, des collections fortes, porteuses d’une volonté de faire bouger les lignes tout en pérennisant l’héritage de la Maison, Raf Simons a annoncé sa démission.

Ses statements à l’esthétisme flamand pénétré avaient séduits, surpris, parfois bousculé, mais de toute façon galvanisé l’intérêt autour de Dior, et rencontré un spectaculaire succès commercial. Sa dernière collection prêt-à-porter pour l’été 2016, silhouettes minimalistes et pures, quasi naïves, rappelaient la ligne Haute Couture présentée en juillet, elle-même déjà inspirée de la Renaissance, clash de l’innocence et du pêcher originel. Raf Simons était-il déjà en recherche de sens primitif ?

Concentré et précis, il s’occupait de sa propre collection éponyme, et chez Dior, du prêt-à-porter, de la Haute Couture, des accessoires, de l’images. Dans le film « Dior et moi » produit par Canal + et sorti en salles en début d’année, on le voyait déjà sous une pression insensée (à ce type de poste, tout le monde l’est).

La grande question qui agite la fashionisphère, le pari à un million d’euros, est bien entendu depuis deux longs mois : qui pourra le remplacer ? Au moindre bruissement, promis, on vous tient au courant.

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A peine une semaine plus tard, c'était au tour d'Alber Elbaz de faire ses cartons chez Lanvin.

A la tête de la création de Lanvin depuis 2001, il a aussi quitté la Maison rapidement, vidant son bureau dans la foulée. Un départ houleux, et même si les communiqués officiels gardaient une neutralité courtoise, on sait qu'Elbaz a démissionné suite à une série de désaccords avec Shaw-Lan Wang, la femme d'affaire chinoise qui possède Lanvin depuis 2001. Le contexte économique n'a pas aidé en ces temps de mercato quasi-frénétique. Ni le créateur, ni son ex-employeur n'ont annoncé à ce jour la suite de leurs projets respectifs.

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Demna Gvasalia nommé directeur artistique de Balenciaga

Il est géorgien, il a vécu à Anvers, à Berlin, à Paris. Le chef de file du collectif VETEMENTS, qui entend refaire bouger les lignes de la mode, a été appointé en pleine fashion week parisienne, histoire de tenir tout le monde en tension. Il prenait là le relai d’Alexander Wang.

Demna Gvasalia a 34 ans, une vingtaine de comparses de réflexion auprès de lui pour faire de VETEMENTS un contre pouvoir dans une industrie de la mode qui se concentre de plus en plus frontalement sur les impacts économiques et commerciaux du secteur, et en oublie sa mission de subversion. Demna Gvasalia a appris, à l’Académie d’Anvers où il a étudié (de la à dire que le nouveau DA de Balenciaga est « belge »…), que si on ne peut plus inventer de nouveaux vêtements (le manteau, le pantalon, la jupe, existent depuis des siècles), on se doit de réfléchir à ce qu’ils racontent de la société. Celle de Demna et de ses collaborateurs est oversize, provocante en ce qu’elle surprend le regard, référencée d’images de notre culture de jeunesse, de celle qui prend aux tripes. On adhère, on adore ou pas, mais on en parle. Beaucoup.

Si pour VETEMENTS, où il poursuivra sa mission de bougeurs de lignes, Demna est sur orbite dans un fantastique trip enfantin de punks élitistes, il dispose des ressources nécessaires pour apporter sa vision rigoureuse, réfléchie sans être intello, révolutionnaire sans être hors système, chez Balenciaga qui évolue avec son époque.

Sa première collection pour Balenciaga sera présentée pour l’automne-hiver 2016-17. On vous racontera, vous pensez bien.

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Et puisqu'on en parle (encore), focus sur le phénomène VETEMENTS.

Ils en sont à leur 4ème collection, et ils créaient l'événement à la fashion week parisienne. On les attendait comme les messies de la mode underground.

C’était en octobre à Belleville, dans un restaurant chinois, blindé. Les agitateurs de VETEMENTS présentaient leur nouvelle collection, parfum d’enfance et de rêve-olution.

Leur crédo : le détournement, celui qui surprend. Ici par exemple, le tablier de cuisine en plastique, de ces toiles cirées version Liberty que portaient nos grands-mère pour nous préparer notre goûter.

Demna Gvasalia, chef de file de ce groupe de penseurs-créateurs, témoigne que ce sont ses souvenirs d’enfances qui ont nourri sa réflexion : « je suis passé devant la vitrine d’une boutique de vêtements pour professionnels de la restauration. J’ai vu ces tabliers, j’ai tout acheté ». Ensemble, ils les ont explosés, refleuris, revus, exposés. Chez VETEMENTS, l’oversize est dans la tête, et pas tant interprété en largeur de pièces prêtes-à-porter-et-à-clamer, mais en longueur : les manches traineraient au sol si on ne se tenait bien déployé, les sweats-shirts – qu’ils les aiment, ces pulls à capuches qui camouflent les volumes du corps pour dévoiler, dans leur cas, ceux de l’âme, et qui deviennent des robes drapées. Les essentiels du dressing de cocktail années 80 (l’enfance de l’art, comme on disait), sont imaginés en streetwear, dévoyés, sexysés. Il n’y a rien d’innocent chez VETEMENTS, rien de galvaudé. Ils portent à la réflexion, portons leurs créations.

Collection AH16
Collection AH16

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Ann Demeulemeester par Patrick Robyn 1982
Ann Demeulemeester par Patrick Robyn 1982

Les Belges exhibés dans « The Belgians. An Unexpected Fashion Story », au Bozar

Ouverte en juin et clôturée en septembre, cette rétrospective exceptionnellement complète a été, pour les connaisseurs et les curieux, une plongée intimiste en 10 salles et 1500 m², sur les petites destinées particulières de cette mode prescriptrice, qui a changé le visage de la couture là où on l'attendait pas. Un vrai pan de la culture belge.

Didier Vervaeren, consultant en mode, designer, enseignant à La Cambre, est devenu curateur de la plus importante expo retraçant l’histoire de la création belge, de son savoir-faire dentellier à la nomination du Flamand Raf Simons à la tête du style de Dior. Un Belge présidant à la destinée de l’une des maisons françaises les plus emblématiques du luxe et du chic parisien, on n’aurait pas misé cher il y a encore 20 ans.

Si vous l'avez ratée, vous pouvez vous rattraper avec le livre, ici (ou ailleurs, mais c'est important de l'avoir dans sa bibliothèque, pour édification).

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Peter Dundas / Massimo Giorgetti
Peter Dundas / Massimo Giorgetti

Le « mercato de la mode », c'est ce grand jeu d'échecs où les directeurs artistiques passent de "rois" à "fous" (et récirpiquement) au gré des remaniement de studios de création. En 2015, il y aussi eu ceux-ci, passés plus discrètement que Raf Simons ou John Galliano qui présentait en  janvier sa première collection "Couture" pour Maison Margiela :

En mars, c’est le Norvégien Peter Dundas, ancien de chez Pucci, qui prennait la tête de la création chez Roberto Cavalli, avec effet immédiat. C’était un retour pour le designer au profil du Petit Prince : il avait déjà officié chez Cavalli de 2002 à 2005, avant de faire trois petits tours chez Ungaro, Pucci, et puis s’en va.

La place n’aura pas eu le temps de refroidir chez Pucci, puisque l’Italien Massimo Giorgetti, fondateur de sa propre marque MSGM en 2008, embrassait dans la foulée le rôle de directeur artistique à sa suite.

En mars toujours (ne dit-on pas "un Mars et ça repart" ?), c'est Alexis Martial et Adrien Caillaudaud qui étaient nommés pour remplacer Guillaume Henry à la direction artistique de Carven. Alexis Martial a débuté sa carrière en 2007 chez Givenchy, avant un passage chez Iceberg. Adrien Caillaudaud, ancien de chez Givenchy aussi, a collaboré chez Marc Jacobs.

C'est la valse à mille temps, et ça va encore danser...

Alexis Martial et Adrien Caillaudaud
Alexis Martial et Adrien Caillaudaud

 

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Anthony Vaccarello nommé directeur créatif de Versus Versace en janvier

Le créateur sait rendre hommage à l’ADN de Versace, tout en insufflant sa propre modernité, toujours sexy, épurée. Son interprétation de la rencontre des deux pôles fashion de l’Europe, l’Italie et la Belgique, a convaincu Donatella, les fans de la marque, et de nouvelles acheteuses, conquises par les découpes aériennes et les silhouettes tout en longueur de Vaccarello. Un gage aussi pour lui de sérénité quant à la poursuite de sa propre marque. Versant Versus.

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FILE - In this Monday, Jan. 19, 2015 file photo, Italian Creative Director Alessandro Michele, center, acknowledges the applause of the audience after presenting Gucci men's Fall-Winter 2015-2016 collection, part of the Milan Fashion Week, unveiled in Milan, Italy. The Gucci fashion house has named Alessandro Michele as creative director for all the brands, succeeding Frida Giannini. Michele, who was Giannini's right-hand man, led the redesign of the entire menswear line for next autumn and winter, presented Monday during Milan Fashion Week, in just five days after Giannini left Gucci earlier than anticipated. The first collection under his name will be the women's ready-to-wear for next autumn and winter, to be shown Feb. 25. Michele, 42, joined Gucci in 2002, becoming associate to the creative director in May 2011. He added the role of creative director of the Richard Ginori porcelain brand, owned by Gucci, last September. He previously worked as a senior accessories designer at Fendi and studied at the Accademia di Costume e di Moda in Rome. (AP Photo/Antonio Calanni, File)

 

Alessandro Michele nommé directeur artistique de Gucci en janvier.

A 42 ans, déjà responsable des accessoires chez Gucci, il a présenté sa première collection moins d'un mois plus tard à Milan (mais il travaillait déjà dessus en amont). En deux saisons, il a emballé tout le monde. En novembre, le British Fashion Council lui attribuait directement l'International Designer Award, un record. Une reconnaissance pour couronner « une année de réalisations remarquables en tant que directeur créatif chez Gucci ».

Dès le premier défilé, Michele a imposé son style, en rupture avec les dernières collections de la Maison. Style « no gender » novateur, et retour à une féminité plus classique et onirique. Pour le printemps/été 2016, Gucci a présenté dans un décor de paravents imprimés 70′ des mousselines et robes vaporeuses, de grands clashs d’imprimés d’ameublement, des volants et inspirations naïves, pour la nouvelle ère de la nouvelle Eve. On avait noté un franc retour des des motifs floraux hyper pixelisés (romantisme et modernité), et des brocards irisés pour clamer que l’été sera optimiste. Une stratégie du succès.

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PARIS, FRANCE - MARCH 03: Nathalie Massenet attends the Gaia Repossi's Jewelry Collection launch at Jeu de Paume as part of the Paris Fashion Week Womenswear Fall/Winter 2014-2015 on March 3, 2014 in Paris, France. (Photo by Julien Hekimian/Getty Images)

 

Nathalie Massenet démissionnait de Net-a-porter en septembre

Elle avait créé Net-a-porter en 2000. Au moment de la fusion du leader mondial en matière de e-commerce de luxe avec Yoox, elle posait sa démission surprise.

Diane von Furstenberg a déploré son départ dans le New York Times : « Elle est l’âme de la marque, et à chaque fois qu’une marque perd de son âme, rien n’est plus jamais pareil ».

Le groupe suisse Richmont avait racheté Net-a-porter en 2010, et commencé à multiplier les collaborations. Lancé, aussi, un magazine de mode bimensuel. En mars dernier, Richmont avait annoncé sa fusion à l’automne avec Yoox, autre géant italien. Cette nouvelle plateforme deviendra le plus important site de vente en ligne, un poids décisif au moment où Condé Nast propulse Style.com en boutique en ligne.

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Style.com absorbé par Vogue, en septembre

Style.com, bien connu des professionnels de la mode, souvent craint des designers pour ses reviews, et la première référence en matière de photos de shows, a pris une nouvelle direction.

Le groupe Condé Nast, qui possède ente autres Vanity Fair, The New Yorker et Vogue, avait conçu Style.com en 2000, comme une plateforme de comptes-rendus de défilés et de contenu éditorial mode.

Parallèlement entre 2014 et 2015, Vogue.com a vu sa fréquentation augmenter de 160%, et tripler sur les réseaux sociaux sur la même période. Pour ne pas dédoubler les cibles de leurs visiteurs, Condé Nast a décidé de changer de stratégie : à voguerunway.com les images et analyses de défilé et tout le contenu éditorial (le site est déjà redirigé, en réalité), tandis que Style.com deviendra sous peu (aucune date officielle n’a été annoncée) un site de vente en ligne des collections les plus pointues identifiées par Vogue. L’objectif de Condé Nast ? Que Style.com concurrence directement Net-à-porter, actuellement leader sur le marché.

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On rassemble ses troupes : Burberry rassemblé sous une seule enseigne se lançait en prime sur Apple Music, et Marc by Marc fusionnait de son côté avec Marc Jacobs.

Burberry Prorsum, Burberry London et Burberry Brit, ce sera fini dès le réveillon. Christopher Bailey, le CEO et directeur créatif de l’emblématique marque britannique a annoncé que désormais, toutes les lignes seraient rassemblées sous le nom « Burberry ».

Une volonté de simplifier la communication du groupe, mais aussi de se concentrer sur une identité stylistique forte : “Nous croyons que cela rendra simplifiera les choses et les rendra plus intuitives pour nos clients. Il ne s’agit pas d’une décision cosmétique : c’est un grand changement », a déclaré Bailey.

Et à propos de changement, Burberry, déjà prescripteur en développant l’option « buy button » en temps réel des défilés sur Twitter, devient aujourd’hui la première marque de luxe globale à lancer une chaîne dédiée sur Apple Music.

La chaine Burberry se trouvera dans la section « Curators » de Apple Music service. La programmation ? Les collaborations uniques de Burberry avec des talents britanniques iconiques, comme Tom Odell, James Bay, George Ezra, et Keane.

On pourra également visionner des performances musicales, chansons ou films, et se connecter à des playlists célébrant les grands talents de la scène musicale britannique passée ou actuelle.

A peu près en même temps, la deuxième ligne de Marc Jacobs disparaissait, pour se confondre avec la collection principale.

L’objectif officiel ? « Mixer les styles des deux lignes et ainsi réévaluer le prix des pièces de la collection ». Autrement dit, créer une ligne entre deux, à prix accessibles. Ils sont de plus en plus nombreux, à abandonner le prêt-à-porter, à l’instar de Jean-Paul Gaultier à l’automne 2014, et Viktor&Rolf en fébrier 2015. Signe d’une époque qui a changé, et que soit on continue à appeler une « crise », soit on appréhende pour ce qu’elle est : un bouleversement profond du marché.

Marc Jacobs
Marc Jacobs

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NEW YORK, NY - JULY 21: Model/actress Cara Delevingne seen in Tribeca on July 21, 2015 in New York City. (Photo by Bobby Bank/GC Images)

 

Elle a peut-être froncé pour la dernière fois ses iconiques sourcils à propos du mannequinat et du fashion raout en général : « un milieu horrible et dégoûtant ».

C’est l’histoire de la fille intelligente qui en marre d’être admirée pour sa beauté. Une jeune femme de 23 ans tout juste, dont les revenus frisent les 3,5 millions de dollars par an (chiffres Forbes), et dont les aventures quotidiennes sur Instagram sont followées par 18 millions de fans. Elle est pote avec Karl Lagerfeld, Kate Moss, Rihanna, Taylor Swift et tout le gotha du haut en bas.

Mais Cara a souvent revendiqué n’avoir jamais vraiment voulu être top model. Bon, il y a des accidents, comme ça. Elle a déclaré cet été au Times que  « la mode m’a fait me sentir creuse (…), je ne me voyais pas grandir en tant qu’être humain (…) et j’en oubliais presque à quel point j’étais jeune. Cela me donnait l’impression d’être vieille. » Afin de quitter ce monde d’image et de superficialité, elle souhaite donc développer sa carrière d’actrice (un milieu de Bisounours, comme chacun sait). Attention, on ne dit pas qu’être comédienne n’est pas un vrai métier, contraignant et impliquant, tout ça. Entendez-nous bien. Mais pour qui estime, comme Cara, que le malaise drainé par les feux de la rampe « est une chose mentale ; si vous n’aimez ni votre image ni votre corps, cela devient de pire en pire », ça risque de ne pas s’arranger à Hollywood. Dont Wilson Wizner, dramaturge (1876-1933) disait : « Travailler à Hollywood, c’est comme naviguer sur un égout dans un bateau à coque de cristal. »

Le stress occasionné entre autres par ce qu'elle considère comme du harcèlement sexuel (des jeunes filles prenant des poses sexy à longueur de photos), a provoqué chez elle l’apparition de psoriasis, une maladie de peau qui génère des croûtes sur le corps. Un masque sorti de son inconscient pour la forcer à sortir du circuit même si son esprit y restait attaché ? Les maquilleurs devaient « recouvrir son corps » de fond de teint pour cacher ce symptôme. « Les gens portaient des gants, et ne voulaient pas me toucher, car ils pensaient que c’était un sorte de lèpre ».

Depuis qu’elle a pris la décision de raccrocher, après avoir défilé un nombre astronomique de fois pour les plus grandes maisons, dont Chanel qui l’adore, créé une collection capsule pour Mulberry, et incarné les rouges à lèvres Yves Saint Laurent Beauté, Cara Delevingne semble soulagée par son nouveau plan de carrière : « Je suis beaucoup plus forte que je ne l’étais. Et j’ai l’impression que la mode, la vie, ce rejet, tout était une préparation pour cela. Maintenant que je le fais, je suis la personne la plus heureuse du monde. » Comme quoi le bonheur, c’est pas si compliqué…

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attends the launch of the new "Fendi By Karl Lagerfeld" Book during the 68th annual Cannes Film Festival on May 21, 2015 in Cannes, France.

Chacun sait que le Kaiser officie à la direction créative de Chanel, et de sa propre marque. Mais peu savent que depuis un demi-siècle, il collabore également au stylisme chez Fendi.

La maison Fendi est née en 1925 à Rome, Karl Lagerfeld en 1933 à Hambourg.

En 1965, ils se marient professionnellement, et s'aiment toujours. Karl Lagerfeld a propulsé la fourrure, pièce statutaire bourgeoise, à vêtement de mode précieux. Il a poussé la recherche de nouveaux matériaux, bousculé les coupes de l’époque. Devant le succès de ses innovations, Karl Lagerfeld a dessiné le nouveau logo FENDI, un double F pour « Fun Fur ».

L’avènement des années 90 requière une posture plus low-profile, et les fourrures se font moins extravagantes.

Au début des années 2000, la fourrure reprend du poil de la bête, si on peut dire, et Fendi
utilise désormais des matériaux plastiques, pour des manteaux rembourrés comme des
combinaisons d’astronautes, pressés et gonflés.

Alchimiste aussi, en 2008, Karl Lagerfeld utilise la fusion moléculaire pour parer la fourrure de molécules d’or 24 carats. Cinq années plus tard, survient la création de la fourrure Metamorphosis, avec tons pastel polychromes, intarsia et rayures.

En juillet 2015, Fendi a participé pour la première fois à la Fashion Week Haute Couture de Paris avec le défilé Haute Fourrure, et marque en jubilant le jubilé de la plus longue collaboration jamais entretenue entre un styliste et une maison du luxe.

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Bondage de raison ?

Comme dit l’adage, « qu’importe qu’on parle de moi en bien ou en mal, du moment qu’on parle de moi ». Depuis que Rick Owens a fait défiler en septembre au Palais de Tokyo des mannequins gymnastes nouées-bondagées au milieu des models « habituels » sur fond de musique transcendantale (This Land is Mine du film Exodus, en live par la chanteuse de soul Eska), la fashionisphère s’oppose sur la question de savoir si ce show spectaculaire était un grand hymne féministe comme il le prétend, ou une façon d’instrumentaliser à l’extrême le corps de la femme pour faire parler de sa collection.

Le créateur, avec ses longs cheveux noirs portés façon chef indien, a distillé un message de sagesse suite à la polémique (qui est avant tout, on le répète, la meilleure pub possible) :

«Cette collection est intitulée Cyclopes – une créature mythologique, formidable, avec une vision précise. Qui parmi nous, ne saurait apprécier ce type de description ? Dans le défilé homme qui portait le même nom, la vision était violente, agressive. Pour les femmes, je la vois comme relevant plutôt de la nourriture, de la sororité/maternité et de la régénération : des femmes qui élèvent des femmes, des femmes qui deviennent femmes, des femmes qui soutiennent des femmes. Un monde de femmes que je connais peu, que je ne peux qu’essayer de divertir à mon humble façon.»

Les cyclopes ont généralement un seul oeil, et ni quatre jambes, ni quatre bras. Mais Rick Owens, qui avait laissé ses mannequins exhiber leur zizi lors de la fashion week hommes de janvier, n’en est pas à une contradiction-provocation près. Il ajoute : « ces sangles peuvent relever de la contrainte mais n’ont ici à voir qu’avec le soutien et le bercement».

On était dans la salle. Les filles n’avaient pas l’air spécialement sereines. La plupart serraient les dents (le parcours était long), d’autres avaient franchement l’air de morfler. Si ce happening était sensé évoquer le portage des bébés (si on a du mal à se détacher de ses ados, il y a par ailleurs une idée à creuser), dans les faits, c’était loin d’une partie de sieste.

Ces créatures siamoises évoquaient plutôt une sorte de freak show, le produit dégénéré de quelques expériences de laboratoire, sorties d’un studio de création. Les hommes ont parfois une façon étrange de sublimer le féminisme.

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"La Beauté Sauvage" d'Alexander McQueen

Après avoir cartonné à NY, la fantastique expo rétrospective sur l'oeuvre de McQueen a défrayé Londres de mars à août 2015. On vous raconte pour que vous y alliez, si elle est reprogrammé ailleurs.

Il était un De Vinci de la mode. Précurseur, spirituel, anatomiste, sculpteur des corps, un peu alchimiste. Et franchement fétichiste.

D’une salle à l’autre, la scénographie différait : catacombes à hologrammes, pièce noire aux casiers disposés sur le mur, comme une boîte à poupée bizarre, présentant des accessoires, corset en colonne vertébrale métallique, masques de cuir, vestes de queer, rêves de phénix immortel que McQueen ne fut, hélas, pas.

L’ambiance sonore s’adaptait merveilleusement au propos, baroque, classique, pop, cristalline comme une boîte à musique, mélancolique et pénétrée.

On y expérimentait une nouvelle approche du corps, de la femme et de la bête : chimères à cornes, plumes, écailles et os, McQueen prêchait dans la chaire de la chair.

Alexander_Mc_Queen ready to wear fall winter 1997/98
Alexander_Mc_Queen ready to wear fall winter 1997/98

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