Mariéme Jamme: rencontre avec l’une des femmes les plus influentes d’Afrique

Mis à jour le 10 janvier 2018 par ELLE Belgique
Mariéme Jamme: rencontre avec l’une des femmes les plus influentes d’Afrique

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Cette sénégalaise fait bouger le continent, mais pas que...

Que rêviez-vous de devenir quand vous étiez enfant ?

Mon enfance a été bien différente comparée à celle des autres. Je suis née au Sénégal, ma mère venait d’une famille riche, lorsqu’elle s’est retrouvée enceinte, elle ne pouvait pas nous garder, mon père appartenait à une classe sociale inférieure. Mon frère jumeau et moi-même avons été abandonnés. J’ai grandi dans un petit village où je n’ai pas eu la chance d’aller à l’école. J’ai vécu dans 28 maisons d’accueil différentes jusqu ‘au moment où j’ai été vendue comme prostituée et envoyée à Paris. Le premier soir, j’ai dû coucher avec deux hommes, le lendemain j’ai décidé de m’enfuir, après un an passé dans la rue, la police m’a recueillie. Je suis d’ailleurs en train d’achever un documentaire pour la BBC à ce sujet. Ma passion, mon engagement pour les femmes, la pauvreté provient de mon histoire. Je veux aider les gens à changer le cours de leur existence. Ma vie a réellement débuté à l’âge de 16 ans.

Comment s'est passé la transition entre la France et l'Angleterre?

En France, je faisais quelques travaux de ménages et j'étudiais en parallèle. Le foyer qui m’a recueillie m’a demandé quelles étaient mes aspirations. Je leur ai expliqué que je voulais apprendre l’anglais et donc déménager à Londres. Je suis devenue mère à mon tour et entre l’allaitement, les petits boulots et l’école, j’ai obtenu ensuite mon premier diplôme et peu après mon premier boulot dans une grande banque. J’ai ensuite travaillé dans le domaine de la technologie. Mon intérêt et expérience pour les technologies nouvelles m’ont mené où je suis aujourd’hui, j’ai 41 ans, je dirige une compagnie de softwares qui emploie 20 personnes au Royaume-Uni.

Vous avez bâti un réseau pour les jeunes femmes au Sénégal, comment vous est venu cette idée ?

Je me trouvais à la Maison Blanche lorsqu’on m’a demandé de participer à un camp lié à la technologie à Dakar, j’avais à ce moment là déjà ouvert une centaine de centre Tech aux quatre coins de l’Afrique. Arrivée à destination, j’ai pu constater que trop peu de femmes étaient impliquées dans les technologies nouvelles. J’ai lancé ‘Jjiguène’, un réseau dans le domaine de l’informatique qui a pour but d’encourager, d’inspirer et d’entrainer les femmes. Aujourd’hui, 75 femmes travaillent à Dakar activement pour le réseau, nous sommes devenus le point contact pour tout ce qui se passe autour de la technologie au Sénegal.

En 2012, vous avez été nommée parmi les 20 femmes africaines les plus influentes... Comment avez-vous vécu cela ?

C’est incroyable d’avoir été choisie parmi les 100 personnes les plus influentes d'Afrique  ! Cela récompense ce que je m'efforce de démontrer: il faut s'engager! Envers soi-même et envers les autres.

Quel serait votre recommandation aux femmes de la diaspora ?

S’investir d’avantage, être attentif et ne pas se sentir menacé. Il y aura un clash (de culture) mais votre authenticité ainsi que les compétences que vous aurez feront toute la différence. Les gens en Afrique ont besoin de mentoring, d’être accompagné par des personnes avec qui ils n’ont aucun lien de paternité. Un engagement demande du temps et en l’absence de celui-ci on ne peut pas obtenir de résultats. L’engagement n’a rien avoir avec la localisation géographique mais plus avec une question de temps.

Marieme Jamme s’est vu remettre ‘l’Empowering Women Award’ lors des Rebranding Africa Awards 2015. Cette année, son poulain, Awa Caba et son e-project Sooretul, un espace en ligne pour les femmes engagées dans la transformation de fruits et céréales locaux, destiné à booster la vente de leur production ; a remporté ‘l’Innovation Award’.

Marie France Vodikulwakidi